Mercredi 11 décembre 2019

Angoulême (16)

Nouvelle scène

Musée de la bande dessinée - Jusqu’au 4 novembre 2018

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 26 mars 2018 - 343 mots

Faire bouger les lignes de la BD, voilà ce que propose la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI) d’Angoulême en consacrant une exposition collective à « la bande dessinée arabe aujourd’hui ».

Cette manifestation, qui regroupe quarante-huit auteurs issus de dix pays du Moyen Orient, du Golfe et de l’Afrique du Nord, est conçue par Lina Ghaibeh, directrice de la Sawwaf Arabic Comics Initiative, université américaine de Beyrouth (coproductrice de l’événement) et Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique de la CIBDI. Soyons francs : de la bande dessinée arabe, que connaît-on ? Pas grand-chose, si ce n’est rien. Il y a tout de même dans le circuit quelques stars, par exemple la Libanaise Zeina Abirached et son beau Piano oriental (Casterman) ou encore le Français d’origine syrienne Riad Sattouf et son best-seller L’Arabe du futur. Toutefois, l’exposition se concentre ici principalement sur les jeunes auteurs aventureux, qui utilisent pour se faire connaître tout autant le support papier qu’Internet et dont certains, venus notamment d’Irak et de Syrie, tiennent à rester anonymes de peur des représailles. « La BD, note Jean-Pierre Mercier, moins considérée que d’autres arts (la littérature, le cinéma), passe plutôt sous le radar, elle n’est pas trop contrôlée. Pour autant, la censure existe. Le Syrien Hamid Sulaiman a dû ainsi fuir le pays en 2011 après la publication de Freedom Hospital. » Cette manifestation engagée est d’une importance sociologique majeure, elle permet de se pencher avec passion sur les thèmes abordés suite aux Printemps arabes (la guerre, le statut des femmes dans la société, la solitude des personnes âgées…). Mais son traitement artistique, en revanche, n’est guère convaincant : un choix plus resserré d’auteurs aurait été préférable – si un Shennawy, qui croque ce qu’il voit depuis sa fenêtre au Caire, est un virtuose, la pauvreté graphique des planches du Palestinien Amer Shomali laisse songeur – et, surtout, la scénographie, inutilement alambiquée et fâcheusement répétitive, est ratée.
 

« Nouvelle génération : la bande dessinée arabe aujourd’hui »,
Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI), quai de la Charente, Angoulême (16), ww.citebd.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°711 du 1 avril 2018, avec le titre suivant : Nouvelle scène

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