Mercredi 17 octobre 2018

Nouvel écrin pour les collections du musée des Beaux-Arts

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 juin 2004 - 708 mots

Après cinq années de fermeture pour travaux, le musée des Beaux-Arts d’Angers rouvre enfin ses portes après avoir subi un lifting complet et un agrandissement de ses espaces muséographiques. Créé à la Révolution et nourri au fil des siècles de dépôts de l’État et de donations, le musée était jusqu’alors à l’étroit dans les salles de l’ancien séminaire, longtemps partagées avec la collection de sculptures de David d’Angers (1788-1885) et la bibliothèque municipale, relogées à proximité dans les années 1980. Conservateur en chef des musées de la ville depuis 1994, Patrick le Nouëne aura mené à terme cet ambitieux programme, fruit de quelques années de tergiversations – l’idée d’une construction ex nihilo ayant même taraudé les élus – puis de mise en œuvre. En 1999, une convention entre la ville et le ministère de la Culture définissait les modalités de cette opération d’un coût de plus de 34 millions d’euros : le musée, restauré et agrandi, resterait dans ses anciens locaux, un enchevêtrement de bâtiments de tufeau, schiste et moellons des XVe, XVIIe et XIXe siècles. Gabor Mester de Parajd, architecte en chef des Monuments historiques également actif à Saumur et Fontevraud, est alors chargé de remettre en état l’enveloppe historique des bâtiments, notamment le logis Barrault, vestige déjà lourdement restauré d’une résidence urbaine du XVe siècle. Mais la clarification des circulations et la densification des espaces muséographiques revient à Antoine Stinco, chargé de la coordination de l’ensemble des opérations. Précédé de sa réputation d’architecte-muséographe ayant déjà œuvré au Jeu de Paume à Paris, aux Abattoirs de Toulouse ou, plus récemment, au Cargo à Grenoble, Stinco parvient à gagner 4 000 m2 (sur les 7 000 aujourd’hui totalisés) en creusant et en évidant les volumes intérieurs. Il ne surajoute qu’un bâtiment : le « bunker » de tufeau et de béton dévolu aux réserves, visible depuis la rue du musée. Sans originalité par rapport à son écriture architecturale habituelle – coffrages de béton angulaires, échappées visuelles néocorbuséennes, parquets sombres – Stinco est parvenu à relever le délicat pari de l’opération : redonner une cohérence à un circuit de visite labyrinthique. Et le résultat est plutôt probant, même si les œuvres y paraissent parfois encore à l’étroit, ou assujetties à l’architecture… L’ancien réfectoire, devenu hall d’accueil, permet de distribuer les différents circuits de visite. Au promeneur, l’accès vers la terrasse et le nouveau jardin municipal en contrebas, installé entre le musée, la galerie David d’Angers et la bibliothèque.
À l’amateur d’exposition temporaire – le musée rouvre avec une présentation consacrée à Niki de Saint Phalle – l’accès vers la salle d’exposition creusée sous la terrasse et éclairée de verrières zénithales.
Au visiteur du musée l’accès aux circuits de visite, salles d’histoire locale aux rez-de-chaussée, beaux-arts dans les étages supérieurs. « L’idée qui a primé a été de maintenir une correspondance entre l’histoire de l’architecture des salles et les collections présentées, ce qui permet une alternance des ambiances », explique Patrick Le Nouëne. D’où l’installation des pièces primitives et Renaissance à l’étage de l’ancien logis Barrault, dont les alcôves permettent de recréer l’atmosphère de cabinets d’amateurs à l’accrochage serré. Dans l’enfilade en retour d’équerre, les peintures du XVIIe siècle ont pris place sur fond de cimaises vert amande. À l’étage supérieur, les Boucher, Chardin et Fragonard dialoguent dans une galerie aménagée en 1853 sur le modèle de la Grande Galerie du Louvre, avec ses deux serliennes centrales. L’histoire se poursuit sur fond de cimaises rouge vif ou blanches, couleur dévolue aux quelques pièces contemporaines qui clôturent le parcours. Celles-ci ont été installées sous une galerie suspendue par d’invisibles filins qui ont permis à Stinco de dédoubler dans la hauteur l’ancienne salle de la bibliothèque. L’une des plus belles réussites architecturale de ce nouvel écrin d’une collection hétérogène de près de mille sept cent œuvres, parmi les plus intéressantes du Grand Ouest, et riche de quelques chefs-d’œuvre de Jordaens, Champaigne, Tiepolo ou Puvis de Chavannes.

Réouverture du musée des Beaux-Arts le 17 juin, place Saint-Éloi, ANGERS (49), tél. 02 41 05 38 37. Catalogue Chefs-d’œuvre du musée des Beaux-Arts d’Angers, Somogy/Ville d’Angers, 39 euros. Expositions « Niki de Saint Phalle (1930-2002), des assemblages aux œuvres monumentales » et photographies de Bogdan Konopka « Un musée en chantier, 1990-2004 », jusqu’au 19 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°559 du 1 juin 2004, avec le titre suivant : Nouvel écrin pour les collections du musée des Beaux-Arts

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