Mercredi 21 février 2018

Nicolas Moulin

Le Journal des Arts

Le 6 février 2008

À l’occasion de son exposition personnelle à la galerie
Chez Valentin, Nicolas Moulin a répondu à nos questions.

Vous présentez une projection, façon diaporama, intitulée VIDERPARIS, qui montre les rues de la capitale désertées et les immeubles murés. Pouvez-vous nous parler de cette œuvre ?
VIDERPARIS est un travail hybride qui se situe à mi-chemin entre la photographie, l’image vidéo et la peinture. Je réalise les photographies que je scanne sur ordinateur et que je retouche ensuite en éliminant toute trace de vie (les gens, les plantes), d’activité (la circulation automobile), et toute représentation humaine (sculptures, affiches...). Je mure également les étages inférieurs de tous les immeubles. C’est un travail très long, quasi obsessionnel qui s’effectue pixel par pixel, et qui s’apparente beaucoup à la démarche d’un peintre. Je dois en effet recréer les images en me posant des questions d’ombres et de lumières, de perspectives, à la manière d’un paysagiste. Le sens du détail est primordial, si l’on veut que l’image soit crédible. Une fois cette opération effectuée, les vues sont présentées de façon très cinématographique avec des fondus enchaînés par le biais d’un vidéoprojecteur. Je voulais donner l’impression d’une fausse image télévisée afin d’altérer l’aspect trop lisse et parfois trop esthétisant de la photographie. Quant on travaille sur des univers durs et inquiétants, il faut éviter d’esthétiser.

Les univers que vous dépeignez semblent tout droit sortis de la science-fiction. Quelles sont vos références ?
J’assume totalement la référence à la science-fiction. Je suis un amateur du cinéma de Terry Gillian et de John Carpenter. La littérature du genre m’influence aussi. Mon travail repose sur une fiction, mais je refuse de construire un récit. Je fournis assez d’énigmes pour que les gens puissent créer leur propre histoire. Ce qui m’intéresse, c’est le cheminement du spectateur par rapport à ces images : la façon dont ils vont justement se les approprier et les interpréter. Le fait que la personne humaine soit absente de mes œuvres permet au spectateur de devenir le narrateur. Par ailleurs, j’apprécie le paradoxe qui consiste à montrer des paysages déserts mais photographiés par un homme. C’est un peu comme s’imaginer la Terre avant que l’homme n’y apparaisse, c’est un état psychologique presque expérimental qui crée un vertige.

Vous avez choisi de montrer une certaine vision de Paris, les quartiers haussmanniens en particulier. Pourquoi ?
L’œuvre ne s’adresse pas qu’aux Parisiens, j’ai donc délibérément concentré mon attention sur les quartiers haussmanniens car c’est l’image standard que l’on a de Paris, un peu partout dans le monde. J’ai essayé de présenter ces vues le plus laconiquement possible, sans trop d’état d’âme apparent. Évidemment, les angoisses de chacun, liées à la modernité, viennent se greffer irrémédiablement.

Galerie Chez Valentin, 9 rue Saint-Gilles, 75003 Paris, tél. 01 48 87 42 55, du 30 octobre au 1er décembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°135 du 26 octobre 2001, avec le titre suivant : Nicolas Moulin

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