Mardi 11 décembre 2018

Miroir, mon beau miroir

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2004 - 366 mots

Curieux de savoir ce qu’il en serait de leur progéniture, les parents de Narcisse interrogèrent le devin Tirésias à la naissance de l’enfant. Réponse leur fut donnée que celui-ci « vivrait vieux s’il ne se regardait pas ». Arrivé à l’âge d’homme, Narcisse fut l’objet de la passion d’un grand nombre de jeunes filles et de nymphes mais il resta totalement insensible à leurs avances. Un jour de grande chaleur, après une chasse, Narcisse chercha à se désaltérer à une source. On connaît la suite.
Il s’y pencha, tomba amoureux fou de son image et disparut dans les flots. S’il est un thème récurrent dans l’histoire de l’art, c’est bien celui, sinon de Narcisse lui-même, du moins de l’autoportrait. On ne compte plus les artistes qui s’en sont saisis dans le passé, que ce soit de façon ponctuelle ou sur un mode répétitif tout au long de leur vie. L’art contemporain n’échappe pas à la règle d’autant qu’il en a revisité le principe, l’instruisant de toutes sortes de propositions qui ne se cantonnent plus au simple jeu de la mimesis.
En réunissant une quinzaine d’artistes internationaux – Gilbert & George en tête –, l’exposition que propose le Crac Alsace en fait la démonstration. Aux jeux multiples du dédoublement (Olivier Blanckart), de la projection mortifère (Piero Golia), de la référence mythologique (Mat Collishaw), des jeux télévisés façon real people (Matthieu Laurette), d’attitudes mode d’emploi (Erwin Wurm)
et de bien d’autres façons encore, « Narcissus / new visions on self-representations » élargit
le concept de l’autoportrait à la question plus générique de l’être dans le monde contemporain. Non que les temps ne soient plus à jouer d’une simple ressemblance mais l’ouverture des pratiques artistiques à toutes sortes d’expériences plastiques a fait littéralement éclater le miroir et c’est dans ses éclats que l’autoportrait contemporain trouve à se constituer. Conséquence de la société du spectacle, l’artiste quand il se regarde se met volontiers en scène rameutant autour de lui les événements d’un monde dans lequel il est à la recherche de sa propre identité.

« Narcissus / new visions on self-representations », ALTKIRCH (68), centre d’art contemporain, 18 rue du Château, tél. 03 89 08 82 59, 14 décembre-22 février 2004.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°554 du 1 janvier 2004, avec le titre suivant : Miroir, mon beau miroir

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