Melik Ohanian

Première rétrospective

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 avril 2006

Soit un alignement de sphères de petit diamètre percées de minuscules trous, posées à espacements réguliers. Une ligne de haut-parleurs au design très seventies, le long de laquelle le visiteur cueille, une à une, les pistes sonores d’un titre du groupe No One is Innocent. Le procédé utilisé par Melik Ohanian isole et démonte chaque élément du morceau de musique, désossant littéralement l’espace pour suggérer une expérience distendue et comme « éclatée » du temps.
De-Mix, placée au cœur de l’exposition de Villeurbanne, est datée de 1996. Mais elle interprète déjà quelques-unes des stratégies orchestrées par l’artiste. Coexistence de temporalités, espaces parallèles, récits désynchronisés, superpositions, décompositions, l’univers complexe d’Ohanian cultive volontiers l’écart, l’intervalle et le hors-champ. Qu’il recoure à des projections multiples, à des dispositifs sophistiqués, des objets ou des langages à expérimenter, tout est bon pour projeter le spectateur dans une relation à l’espace active et fictive.
À trente-six ans, Melik Ohanian s’offre donc une rétrospective ! Avec une maîtrise limpide. Conçue comme un objet, un espace énigmatique à expérimenter dont l’artiste aurait domestiqué chaque volume ou presque, l’exposition réactive quelques pièces anciennes, parmi lesquelles White Wall Travelling, longue et poignante traversée en plan-séquence des docks désertés de Liverpool.
Invisible film, tourné l’automne dernier entreprend lui aussi d’articuler des temps parallèles. Dans son film, Ohanian projette une copie du Punishment Park (1971) de Peter Watkins, violente diatribe contre la politique de Nixon, censurée en son temps. Il le projette à la tombée de la nuit, à l’endroit même où il fut tourné, dans le désert californien. Sans écran. Rendu au paysage, rendu à l’image, le film n’est présent que par sa matérialité : un lourd projecteur en fonte et un faisceau lumineux, porteur d’une image invisible dispersée dans l’espace.
« L’image devient son propre écran » suggère Ohanian. Une image qui n’est finalement jamais tout à fait là où on la perçoit.

« Melik Ohanian, Let’s turn, turn or around », Institut d’art contemporain, 11, rue Docteur-Dolard, ­Villeurbanne (69), tél. 04 78 03 47 00, jusqu’au 23 avril 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°579 du 1 avril 2006, avec le titre suivant : Melik Ohanian

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