Dimanche 18 novembre 2018

Dessein

Lyon se fait plaisir

Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2007 - 542 mots

Le philosophe Jean-Luc Nancy propose au Musée des beaux-arts de la capitale
rhône-alpine une sélection de dessins choisis du XVIe siècle à nos jours.

LYON - En proposant au philosophe Jean-Luc Nancy d’organiser une exposition de dessin thématique, le Musée des beaux-arts de Lyon renouvelle la démarche initiée par le Louvre avec ses « Partis pris ». Cette série d’accrochages avait permis à des personnalités comme Jacques Derrida, Hubert Damisch ou Julia Kristeva de croiser une réflexion sur la pratique du dessin à une thématique issue de leur champ de recherches personnel. C’est autour de la notion de plaisir que Jean-Luc Nancy a choisi de développer son propos à Lyon. Un double plaisir, celui qui est ressenti par le dessinateur dans l’acte de création, et celui qui est sujet de représentation du dessin.
Les œuvres sélectionnées couvrent une large période chronologique, du XVIe siècle à nos jours. Les feuilles proviennent pour moitié d’entre elles du cabinet d’art graphique du Musée des beaux-arts de Lyon, pour l’autre des fonds de nombreux musées parisiens et de province. Une recherche approfondie a été menée pour l’occasion par Éric Pagliano, co-commissaire de l’exposition et conservateur spécialiste du médium.
Dans la conception héritée de la Renaissance italienne, le dessin (disegno) est un « dessein ». Il constitue le socle de l’enseignement académique grâce auquel, après un long apprentissage, le geste sera parfaitement conformé à la volonté préétablie de son auteur. Au XXe siècle, la vision de la pratique a évolué jusqu’à devenir le lieu privilégié de l’expression de la spontanéité et de la pulsion. L’inachevé, valeur maîtresse pour la modernité, contredisant la notion ancienne de « grande œuvre », finie et bien finie, s’incarne dans le dessin, donnant à voir le processus créatif à l’œuvre plutôt que son résultat. L’exposition conçue par Jean-Luc Nancy se ressource à ces deux grandes problématiques.

Entre rature et repentir
Dix grandes sections organisent la présentation. Certaines comme « Le tracé, la ligne » ou « La forme qui se cherche » tentent de définir les gestes du dessin pour, selon les termes du commissaire, « faire sentir les élans de ce plaisir du corps dessinant ». Intitulé « De la main dessinante à la main dessinée », le cinquième chapitre opère la transition vers les images du plaisir, ces « Plaisirs à dessein » que sont Éros, le vin, la musique et la danse. Le critère de sélection étant avant tout la qualité intrinsèque des œuvres, le parcours offre (beaucoup) de belles feuilles, tels les Trois hommes nus enlacés (1545-1547) de Francesco Salviati ou, plus près de nous, The Muses Drawing (1991-1993), de Brice Marden. Il permet aussi d’éprouver les limites de la capacité du dessin à pouvoir être daté, ainsi de cette Étude pour deux figures enlacées avec une reprise, dit les Lutteurs, d’Honoré Daumier.
Après la démarche minutieuse opérant, par exemple, des distinctions précises entre rature et repentir, la conclusion du parcours, « Le dess(e)in hors du dessin », surprend quelque peu. Elle pointe une expression de la ligne hors du dessin, mais il est dommage qu’elle convoque pour ce faire de façon un peu abrupte, non explicitée, Pipilotti Rist ou Richard Long.

Le plaisir au dessin

Jusqu’au 14 janvier 2008, Musée des beaux-arts, 20, place des terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, tlj sauf mardi 10h-18h vendredi 10h30-18h. Catalogue, éd. Hazan, 240 p., 39 euros, ISBN 978-2-7541-0246-9

LE PLAISIR AU DESSIN

- Commissaires : Sylvie Ramond, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du Musée des beaux-arts de Lyon ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Éric Pagliano, conservateur du patrimoine - Nombre d’œuvres : 150

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°269 du 16 novembre 2007, avec le titre suivant : Lyon se fait plaisir

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