Dimanche 12 juillet 2020

Peinture

Lucas Cranach en raccourci

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 15 février 2011 - 573 mots

Au Musée du Luxembourg, à Paris, la monographie consacrée au peintre allemand souffre d’espaces trop réduits.

PARIS - Le Musée du Luxembourg inaugure-t-il une nouvelle ère ? La Réunion des musées nationaux (RMN), bénéficiaire en juillet 2010 de la nouvelle délégation de service public lancée par le Sénat après l’éviction de son ancien gestionnaire, fait son grand retour dans les lieux qu’elle avait administrés jusqu’en 2001. Fallait-il s’attendre à y retrouver une programmation d’expositions pointues, dans un format plus intimiste que les expositions fleuves et les blockbusters proposés au Grand Palais ? C’est bien ce qui semble se profiler avec cette première, dédiée à l’austère Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), peintre de la Renaissance germanique, connu pour ses nus féminins et pour avoir été proche de Martin Luther. 

Galop d’essai
Dans les espaces exigus de la rue de Vaugirard, en cours de réaménagement par le duo Shigeru Ban et Jean de Gastines (qui ont déjà essaimé ici et là quelques tubes de carton, leur marque de fabrique), cette exposition a tout du galop d’essai. Le Sénat ayant souhaité pouvoir rouvrir rapidement les lieux, la RMN a opté pour l’étape parisienne d’une exposition présentée à l’automne dernier à Bruxelles, au Palais des beaux-arts. Étant donné sa qualité, l’opérateur aurait eu tort de s’en priver (lire le JdA no 336, 3 décembre 2010, p. 9). Comment a-t-elle été transposée à Paris, entre les quatre murs étroits du Musée du Luxembourg ? Par simple translation, l’intégralité du concept ayant été repris, cimaises en placage de faux bois comprises. Mais le Palais des beaux-arts de Bruxelles étant l’équivalent belge de notre Grand Palais, il a fallu allègrement soustraire et écrémer la présentation d’une soixantaine d’œuvres, au risque de brouiller le propos initial.
Seules des gravures et quelques peintures ont été ajoutées à Paris dont, il faut le reconnaître, un très beau Portrait d’un prince de Saxe exécuté à la gouache et conservé dans les collections publiques françaises (Reims, Musée des beaux-arts). La salle dédiée aux nus mythologiques, sujet clé de l’œuvre de Cranach qui lui a apporté notoriété et succès financier, perd en revanche beaucoup de son sens. Écourtée, la démonstration ne permet plus de mesurer, comme c’était le cas à Bruxelles, la nette évolution de Cranach dans ce domaine, opérant une synthèse progressive à partir de L’Adam et Ève de Dürer vers des formes humaines totalement antinaturalistes. 

Rudesse estompée
Il n’empêche. Pour le visiteur parisien, cette courte présentation apporte son lot de satisfactions en offrant la possibilité de découvrir de visu quelques œuvres très rares. Ainsi de la première peinture connue de Cranach, La Crucifixion (vers 1500, Vienne, Kunsthistorisches Museum), empreinte d’une rudesse que le peintre s’évertuera plus tard à estomper, mais aussi du très coloriste Martyre de sainte Catherine (vers 1508-1509, Budapest, église réformée, collection Raday), œuvre d’une qualité exceptionnelle qui serait due à la seule main du peintre. La même réserve qu’à Bruxelles peut donc à nouveau être formulée : pourquoi refuser d’informer les visiteurs sur les difficultés d’attribution inhérentes à l’œuvre de Cranach, peintre prolifique secondé par un atelier très actif ? C’est le parti pris assumé du commissaire de l’exposition que de ne pas entrer dans ces querelles de spécialistes. Cela aurait tout de même mérité quelques avertissements, d’autant que certains tableaux exposés ne sont manifestement pas autographes. 

Cranach et son temps

Commissariat : Guido Messling, docteur en histoire de l’art

Scénographie : Office Kersten Geers David Van Severen

Nombre d’œuvres : 75

Cranach et son temps,

jusqu’au 23 mai, Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, 75006 Paris, tél. 01 40 13 62 00, www.museeduluxembourg.fr tlj 10h-20h, les vendredi et samedi jusqu’à 22h. Catalogue, coéd. RMN/Grand Palais et Skira Flammarion, 300 p., 39 euros, ISBN 978-2-0812-5361-2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : Lucas Cranach en raccourci

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