Les visages de la mode

L'ŒIL

Le 1 août 2007

La National Portrait Gallery de Londres offre ses cimaises à six photographes de mode sur la scène internationale. Américains et Européens, tous ont érigé le visage en œuvre d’art, qu’ils modèlent et déclinent selon des approches singulières.
Mannequin dans ses jeunes années, Corinne Day a collaboré avec sa muse Kate Moss pendant près de quinze ans. Dans les années 1990, l’Américaine s’impose en maître de l’antiglamour, prônant la sincérité et le naturel. Aux antipodes de l’Américaine, l’Italien Paolo Roversi a institué un retour aux méthodes plus traditionnelles de la photographie de mode. Mise en scène, lumières diffuses et feutrées, les clichés de Roversi sont les sursauts de charme d’un studio Harcourt version XXIe siècle.
Le binôme Alas-Piggott a, quant à lui, opté pour l’excentricité. Envoûtante et parfois dérangeante, la construction des images de modèles féminins confine à l’étrange. Le plus subversif de tous, Steven Klein, est, entre autres, le photographe des people. Avec une volonté délibérée de marginaliser ses modèles ou, au contraire, de les rendre accessibles, Klein n’hésite pas à les mutiler, leur conférant une beauté touchant à la grâce.
Le travail de Mario Sorrenti, résolument contemporain, pourrait cependant rappeler les expressions des passions d’un Lebrun quelques siècles plus tôt. Non plus à la mine de plomb mais avec son Hasselblad, Sorrenti s’attache à rendre aux visages ses failles. Fragilité, vulnérabilité, ainsi que peurs et remords sont les multiples facettes d’un panel de tourments intérieurs.
Au-delà des modèles présentés, qui sont l’essence même du travail de l’artiste, l’exposition consacre davantage les photographes que leurs modèles. Sortes de Pygmalion de la société médiatique, tous œuvrent à la représentation des Vénus et autres Adonis engendrés par notre siècle. Les visages apparaissent comme les peintures pixellisées d’idoles des temps modernes, qu’ils soient acteurs, sportifs ou mannequins.
Présentées hors de leur contexte habituel que sont les magazines, les œuvres échappent à toute compilation de photos de mode mais s’avèrent être avant tout l’expression d’une complicité entre l’artiste et son modèle. L’exposition tend à mettre en lumière cette relation si particulière, qui n’est pas sans rappeler l’empathie d’un Bert Stern pour sa Marilyn.

« Face of Fashion », National Portrait Gallery, Londres (Grande-Bretagne), tél. 00 44 20 73 12 24 63, www.npg.org.uk, jusqu’au 28 mai 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : Les visages de la mode

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