Diableries

Les vices exposés de Rops et d’Ensor

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 586 mots

Dans le cadre d’un événement plus large portant sur les « Vices et Vertus » du XIXe siècle à aujourd’hui, le Musée Rops confronte les œuvres graphiques d’Ensor à celles de l’artiste namurois.

NAMUR - Depuis quelques semaines, la paisible Namur, en Belgique, est devenue le théâtre d’un affrontement moral. Événement culturel de l’année, « Vices et Vertus » investit trois lieux d’exposition. Au Musée des arts anciens du Namurois (TreM. a), les Pères de l’Église sont à l’honneur. Plus délurée, l’artiste russe contemporaine Aidan Salakhova expose dans l’église Saint-Loup, ce chef-d’œuvre du baroque wallon, des sculptures très évocatrices auxquelles leur classicisme évite l’opprobre des fidèles venus prier. Mais c’est au musée provincial Félicien-Rops que se situe le cœur du propos.

Le peintre namurois (1833-1898) y reçoit James Ensor (1860-1949), connaisseur, comme lui, des turpitudes morales du XIXe siècle. La manifestation n’était pas des plus faciles à réaliser : Véronique Carpiaux, conservatrice du Musée Rops, l’avoue, « les musées et amateurs sont très sollicités pour les œuvres d’Ensor et celles-ci sont difficiles à obtenir ». À Namur, les collectionneurs ont été les plus généreux, et particulièrement le co-commissaire Patrick Florizoone.

Tentation et Péchés
« Pour cette exposition, nous avons décidé de garder notre spécificité, l’art graphique », précise Véronique Carpiaux. Il est donc naturel que figure en bonne place la série des « Sept Péchés capitaux » d’Ensor dont trois exemplaires sont présentés. L’un est en noir, tandis que deux autres sont colorés de la main du peintre. Celui-ci, en effet, réalisait la couleur à la commande et de manière variable selon la série, ce qui est ici manifeste.

Les œuvres sur papier sont plus fragiles que les autres et particulièrement « La Tentation de saint Antoine », assemblage de 51 dessins de format différent appartenant à l’Art Institute de Chicago et récemment restauré. Pour cette raison, elle n’a pu voyager. Une reproduction de très grande qualité est exposée dans la première salle où figurent également plusieurs versions de la Tentation de saint Antoine de Rops. Les Masques (1922) d’Ensor côtoient, dans la suite de l’exposition, La Mort qui danse (1865) de Rops, certainement leur inspiratrice. Le vice, ici, est indubitablement lié à la femme, comme dans la version dessinée du Sphinx de Rops récemment achetée par la Fondation Roi Baudouin pour être confiée au musée.

À l’étage, le visiteur découvre La Paresse d’Ensor sous les traits de sa mère, sa grand-mère et sa tante somnolant, entourées de diablotins. Dans cette section de l’exposition figurent des livres, car la littérature et les éditeurs faisaient partie de la vie de l’un et l’autre. Théodore Hannon, peintre, écrivain et critique, est, raconte Véronique Carpiaux, « la première personne réunissant Ensor et Rops » qui illustra ses Rimes de joie. Hannon présenta à Ensor sa sœur Mariette dont il semble que le peintre ostendais s’éprit. Il se représente près d’elle dans Insectes singuliers et, dans Petites figures bizarres, il observe Mariette, son mari et son fils, tandis qu’un diable lui parle. Vice encore que cet amour qui pourrait détruire une famille.

Une dernière salle accueille quelques œuvres érotiques de Rops et d’Ensor. Visions sataniques de l’aîné (dont un beau dessin du Sacrifice) et Jardin d’amour du cadet montrent leurs différences de caractère et les aspirations profondes d’Ensor à l’amour heureux. Mais, dans le parcours du musée qui insère quelques œuvres en rapport avec l’exposition, le visiteur pourra voir celui-ci au bordel, croqué par Rik Wouters.

Vices et vertus

Commissaires : Véronique Carpiaux, conservatrice au Musée Félicien-Rops ; Patrick Florizoone, galeriste à Gand

Vices et Vertus, Rops/Ensor

Jusqu’au 21 mai, Musée Félicien-Rops, 12 rue Fumal, Namur (Belgique), tlj sauf lundi 10h-18h, www.museerops.be, tél. 32 81 77 67 55, entrée combinée pour les 3 expositions et les collections permanentes 10 €. Catalogue, éd. Stichting Kunstboek, Oostkamp, 35 €.

Légende photo
James Ensor, Les Masques, 1922, lithographie, collection P. Florizoone.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Les vices exposés de Rops et d’Ensor

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