Les variations aquatiques du symbolisme

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 28 février 2017 - 681 mots

À travers le thème de l’eau, la Fondation Pierre Arnaud propose une immersion dans le mouvement symboliste qui livre toute sa diversité avec des œuvres rarement montrées.

LENS - Quatrième des expositions d’hiver consacrées par la Fondation Pierre Arnaud aux grands courants picturaux ayant marqué l’art entre 1800 et 1950, « Symbolisme, sortilèges de l’eau » confronte, selon le principe de ce cycle, les artistes « de l’arc alpin » aux maîtres internationaux. Et si, parmi les soixante-trois noms au catalogue, les Français dominent, l’école suisse fournit tout de même un contingent de treize peintres et deux sculpteurs si intéressants que, pour sa reprise au Musée Félicien Rops de Namur (Belgique), l’exposition se concentrera sur eux.

L’une des particularités de cet événement est le nombre d’œuvres en collections privées qui y sont présentées. Ingrid Beytrison Comina, commissaire, s’en félicite : « Nous avons reçu un grand soutien des collectionneurs, qui ont adhéré immédiatement au propos et se sont montrés très généreux. » Une autre caractéristique de l’exposition est d’attribuer au symbolisme une chronologie très large en y incluant par exemple Harmonie du soir sur la mer d’Alphonse Osbert (1930), Le Lac d’Ernest Biéler (1930) ou Le Silence de Charles-Clos Olsommer (1927).

Pour cette évocation du mouvement symboliste « le fil conducteur s’est imposé presque naturellement », raconte Ingrid Beytrison Comina. Il s’agit de l’eau, déjà si présente autour du bâtiment de la Fondation qui se mire dans le lac Louché. C’est « un élément récurrent dans le symbolisme, précise la commissaire, tant dans le domaine des beaux-arts et des arts décoratifs que dans la littérature et la poésie. » Elle cite Gabriel-Albert Aurier qui, dans son essai Le Symbolisme en peinture (Œuvres posthumes, 1893), à propos de Paul Gauguin, affirmait qu’un artiste devait posséder « cette transcendentale émotivité, si grande et si précieuse, qui fait frissonner l’âme devant le drame ondoyant des abstractions. »

Par analogie, la commissaire de l’exposition a également imaginé une scénographie « de cercles concentriques, comme une onde qu’on trouble, ménageant, lorsqu’on parcourt l’espace, des jeux de rencontres entre les chapitres et les œuvres. » Avec beaucoup d’à-propos, elle ouvre l’exposition sur une toute petite toile peinte aux crayons de couleurs, Près de la mer (1890) de Fernand Khnopff. Une jeune femme (Marguerite Khnopff), au regard comme tourné vers l’intérieur, semble y contempler « l’eau de son âme » – selon les termes du poète symboliste Maurice Maeterlinck –, évoquée par une bulle disposée au centre de l’œuvre.

Une scénographie limpide
Mais, au long de l’exposition, comment canaliser toute cette eau dont furent friands les symbolistes ? Ingrid Beytrison Comina a choisi de la montrer par chapitres « reprenant les thématiques abordées lors des Salons de la Rose-Croix : le Rêve, l’Idéal, le Mythe, la Légende, l’Allégorie et la Paraphrase des grands poètes. » Le propos risque de paraître très intellectuel et certaines œuvres pourraient figurer dans plusieurs de ces thèmes. Mais la visibilité simultanée ménagée par la scénographie et la porosité des espaces fluidifient le parcours. Dans la galerie supérieure, où s’ouvre l’exposition, l’Idéal s’imbrique dans le Rêve, tandis qu’au rez-de-chaussée, les sections sont surtout des indications, orientant la réflexion du visiteur vers tel ou tel aspect du symbolisme.

L’itinéraire commence donc par le rêve : Marine (1889) de Félicien Rops, Le Parc (1911) de Ker-Xavier Roussel, La Grande Communion de la Nature, magnifique coupe en cristal d’Émile Gallé. Mais déjà se présentent Le Monstre (vers 1906) d’Alfred Kubin et La Forêt mystérieuse (1900) de William Degouve de Nuncques, préfigurant les êtres tapis à l’étage inférieur. Là, les femmes sont omniprésentes : passées les figures douces et un peu inquiétantes de Lucien Lévy-Dhurmer, Andromède, Méduse, Néréide, Mélusine et les Sirènes évoquent le plaisir aussi bien que le danger. Mais les femmes personnifient aussi l’eau calme – telles les sources d’Albert Schmidt (1917) et Ferdinand Hodler (1904-1910) – et même l’oubli (Léthé (vers 1884) d’Ary Renan). À travers ce simple élément apparaissent toute la richesse et la complexité du mouvement symboliste.

Symbolisme, les sortilèges de l’eau

Commissaire : Ingrid Beytrison Comina, Fondation Pierre Arnaud
Nombre d’œuvres : 116

Symbolisme, les sortilèges de l’eau

Jusqu’au 21 mai, Fondation Pierre Arnaud, 1 route de Crans, Lens (Suisse), mercredi-dimanche 10h-18h, www.fondationpierrearnaud.ch, tél. (00) 41 27 483 46 10, entrée 18 CHF (17 €). Catalogue éd. Favre, 28 CHF (26 €).

Légende Photo :
Charles-Clos Olsommer, Le Silence, 1927, huile sur toile, collection particulière. © Photo : Christian Eggs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°474 du 3 mars 2017, avec le titre suivant : Les variations aquatiques du symbolisme

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