Vendredi 19 octobre 2018

Art médiéval

Les trésors des princes de Bourgogne

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 11 juin 2004 - 821 mots

Le Musée des beaux-arts de Dijon fait renaître, le temps d’une exposition, les fastes de la cour de Philippe le Hardi et Jean sans Peur.

DIJON - Dans le sillage des expositions consacrées à la création en France autour de 1400, dont celle du Louvre a été le fer de lance (lire le JdA n° 189, 19 mars 2004), le Musée des beaux-arts de Dijon célèbre l’art à la cour de Bourgogne sous le règne de Philippe le Hardi et de son fils Jean sans Peur. Au pouvoir de 1371 à 1419, les deux premiers ducs de Bourgogne de la branche des Valois réunirent un ensemble territorial considérable, allant de la Bourgogne (actuelle Franche-Comté) à la Flandre. Parallèlement, ils jouèrent un rôle politique de premier plan à la cour de France. Ces princes parmi les plus puissants d’Europe étaient également de grands amateurs d’art, mécènes et collectionneurs. Malheureusement, de tous les somptueux décors, costumes, retables, tapisseries, bijoux et pièces d’orfèvrerie qu’ils commandèrent, très peu sont parvenus jusqu’à nous. Le musée dijonnais a toutefois pu rassembler quelques belles pièces pour évoquer les anciens trésors des ducs, telle cette bague à l’effigie de Jean sans Peur ou ce médaillon avec la Trinité (Paris, vers 1400) prêté par la National Gallery de Washington. En revanche, il n’a pas été possible d’obtenir la Grande Pietà ronde attribuée à Jean Malouel et conservée au Louvre, trop fragile pour voyager.
Sobre et aéré, le parcours est scindé en trois parties : le mécénat des deux ducs, la chartreuse de Champmol (fondée aux portes de Dijon par Philippe le Hardi) et l’art en Bourgogne de 1360 à 1420. S’il fait la part belle à la sculpture, il n’omet pas d’évoquer la peinture (malgré le peu de tableaux conservés) avec presque toutes les œuvres picturales provenant de Champmol : les deux Calvaire aux chartreux du Musée du Louvre et de Cleveland, ainsi que trois petits retables de dévotion représentant la Trinité, la Vie du Christ et la Vie de la Vierge. Plusieurs manuscrits rappellent en outre la prédilection des ducs pour l’art du livre et de l’enluminure, tel le Livre de prières et de dévotion du duc Philippe le Hardi ou le Couronnement de la Vierge issu de la Légende dorée.

Un foyer artistique majeur
Emblème de piété et de pouvoir, la chartreuse de Champmol, destinée à abriter le tombeau de Philippe le Hardi, fut l’un des foyers artistiques majeurs des années 1380-1410 en France. Architectes, sculpteurs, peintres, menuisiers, fondeurs, verriers venus de Bourgogne, de France et même d’Espagne participèrent à sa construction et à sa décoration. Détruit pendant la Révolution, il ne subsiste aujourd’hui que le portail de l’église et le Puits de Moïse, réalisés par le sculpteur Claus Sluter. Successeur de Jean Marville à la tête de l’atelier des sculptures de la chartreuse en 1372 (et jusqu’en 1389), ce dernier insuffla une nouvelle force à l’art de la statuaire. Exécuté de 1395 à 1405, le Puits de Moïse, sans doute son œuvre la plus impressionnante, frappe par le réalisme et l’expression des figures (les prophètes Moïse, Isaïe, Daniel, Zacharie, Jérémie et David). Après une longue restauration, il est aujourd’hui accessible au public, qui peut poursuivre sa visite sur le site de l’ancienne chartreuse. Le Buste du Christ et les deux autres éléments provenant du calvaire qui à l’origine surmontait le Puits, sont, quant à eux, présentés au musée. Avec quatre pleurants originaires du tombeau de Philippe le Hardi, et d’autres éléments architecturaux exécutés par Sluter, ils mettent en lumière le génie du maître et son importance considérable pour le développement de la statuaire en Bourgogne. En témoignent les sculptures réunies dans les derniers espaces. Si les pièces de la fin du XIVe siècle attestent d’influences parisiennes très nettes (ainsi des statuettes en marbre provenant du Metropolitan Museum of Art à New York), à partir des débuts du XVe, les modèles de Claus Sluter et surtout de Claus de Werve – son principal collaborateur, qui dirigea l’atelier de 1406 à 1439 – s’imposent. Au terme du parcours, le musée confronte le Saint Jean-Baptiste peint par Robert Campin à quelques statues bourguignonnes. Une manière audacieuse de comparer les changements stylistiques introduits en Bourgogne par Sluter et ses disciples à ceux que Jan Van Eyck et Robert Campin apportèrent à la peinture dans les Pays-Bas quelques années plus tard… Le chemin se prolonge dans les salles du musée qui abrite les deux retables de Jacques de Baerze et de Melchior Broederlam (actifs en Flandres), provenant de la chartreuse de Champmol, ainsi que les tombeaux de Philippe le Hardi (fraîchement restauré) et de Jean sans Peur. Imposants par leur monumentalité et leur luxe, ces sépultures sont à l’image des règnes de ceux dont ils renferment les secrets.

L’ART À LA COUR DE BOURGOGNE (1364-1419)

Jusqu’au 15 septembre, Musée des beaux-arts, palais des États de Bourgogne, Dijon, tél. 03 80 74 52 70/09, tlj sauf mardi, 9h30-18h. Catalogue, éditions RMN, 368 pages, 49 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°195 du 11 juin 2004, avec le titre suivant : Les trésors des princes de Bourgogne

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque