Mardi 22 septembre 2020

Bordeaux (33)

Les mots blancs d’Irma Blank

CAPC - Jusqu’au 31 octobre 2020

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 31 août 2020 - 333 mots

On a rarement l’occasion de voir le travail d’Irma Blank (née en 1934) en dehors des foires, où sa galerie italienne, P420, l’expose régulièrement.
Cette rétrospective en sept étapes – Bordeaux est la troisième – satisfera donc la curiosité de ceux qu’auront intrigués les écritures dessinées de cette artiste tardivement reconnue. L’exposition, telle que déclinée au CAPC, offre à chacun d’apprécier une œuvre nourrie d’une rigueur obsessionnelle, mais qui n’a cessé de se métamorphoser à l’intérieur de son cadre strict. Articulée dans deux galeries symétriques qui ne se rejoignent pas, la scénographie propose de les arpenter comme deux hémisphères. Chaque partie obéit à sa propre chronologie : des toutes premières Eigenschriften (auto-écritures, 1968-1973) jusqu’au tracé final de la série Gehen, Second Life, suite de lignes tremblées exécutées depuis 2017 par l’artiste désormais privée de l’usage de sa main droite. Entre les deux, Irma Blank aura peint comme on respire, littéralement, appliquant la couleur sur la toile le temps d’un souffle dans ses Radical Writings (1983-1996) dont le bleu suggère une plénitude heureuse. Et c’est l’une des joies de cette exposition de suggérer celle qu’a procurée à Irma Blank la poursuite quasi monacale de la voie qu’elle s’était fixée, à la recherche d’abord d’elle-même, puis d’un langage universel « hdjt ljr ». Expérimentant un exil consenti, elle a en effet souffert de la perte de tous ses repères : linguistiques et culturels au moment de quitter l’Allemagne pour l’Italie, où elle s’établit en 1955 avec son compagnon, d’abord en Sicile, puis à Milan où elle vit toujours. Confrontée au sentiment d’étrangeté, cette lectrice assidue a alors occulté les mots en les évacuant de textes dont elle ne conservait que l’apparence graphique. Reproduisant, dans un exercice à la Borges, des manuscrits entiers réduits à des blocs de signes vides, manifestes saisissants qui disent l’opacité d’un monde privé de lisibilité. Accompagnée de performances sonores réactivées – car le son donne forme au silence – l’œuvre d’Irma Blank est aussi picturale que conceptuelle, aussi acharnée que subtile, et libératrice.
« Irma Blank. Blank »,
CAPC Musée d’art contemporain, Bordeaux (33), www.capc-bordeaux.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°736 du 1 septembre 2020, avec le titre suivant : Les mots blancs d’Irma Blank

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