Samedi 17 février 2018

Château-musée de Boulogne-sur-Mer (62)

Les Giinaquq, ces masques si vivants

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 28 octobre 2009

Ils nous narguent, ils nous provoquent, ces masques ! On les a enfermés dans des boîtes transparentes.

Pourtant rien n’y fait, ils sont là, leurs yeux sont à peine visibles, ronds et rieurs, parfois simples fentes, mais toujours perçants. La série de boîtes est sagement alignée le long de la galerie dans le château-musée de Boulogne-sur-Mer. Les masques se reposent d’un long voyage car ils sont nés bien loin de Boulogne, là où vit encore le petit peuple sugpiak qui les a créés.
Le lien entre Boulogne et l’Alaska avait été établi par l’ethnologue boulonnais Alphonse Pinart qui, au cours d’un séjour chez les Sugpiak en 1871, avait réuni cette collection de soixante-dix masques ensuite léguée au château-musée de Boulogne. De nos jours, après un sommeil d’un siècle et demi, les masques revivent. Alors que le peuple sugpiak était devenu amnésique de son propre passé, c’est le travail de recherche sur les masques qui a permis de redécouvrir cette culture en voie de disparition.
 On a compris que ces masques sont des objets religieux ayant pour but d’entrer en contact avec le monde des esprits, de les honorer et de commémorer les actions des ancêtres. Représentations d’esprits, ils permettaient de communiquer avec un au-delà invisible. Dans la langue des Sugpiak on les appelle giinaquq, c’est-à-dire « comme un visage mais pas vraiment ». Ils apparaissaient en hiver dans des danses qui avaient pour but d’assurer l’abondance du gibier pour la saison suivante.
Objets religieux, les masques sont aussi de remarquables œuvres d’art. Ils font vivre un monde qui se révèle en filigrane. Presque tous ont un nom, « Celui qui est sceptique », « Celui qui fait peur », « le Chercheur », « le Vieil homme qui a envie de pleurer », « le Voyageur nocturne », etc. Les sculpteurs font appel à tout un jeu de moues qui en disent long, de sourires et de clins d’œil lourds de sens, soulignés de tatouages ou de peintures. Les formes, tantôt abstraites, tantôt expressives, révèlent une extraordinaire liberté créatrice.

« Giinaquq. Comme un visage. Masques d’Alaska », château-musée de Boulogne-sur-mer, rue de Bernet, Boulogne-sur-mer (62), tél. 03 21 10 02 22, jusqu’au 7 décembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°618 du 1 novembre 2009, avec le titre suivant : Les Giinaquq, ces masques si vivants

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