Vendredi 6 décembre 2019

Les « chinoiseries » du duc

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2011 - 578 mots

Chantilly relate l’histoire de ses manufactures, fondées au XVIIIe siècle pour copier les pièces d’Asie.

CHANTILLY - La paisible cité de l’Oise a aussi été un haut lieu du goût asiatique. À la fin des années 1720, Louis Henri de Bourbon-Condé (1692-1740), arrière-petit-fils du Grand Condé et grand bâtisseur du domaine, décide d’assouvir l’une de ses passions. Tombé en disgrâce à la cour et retranché sur ses terres, il se consacre à son goût pour les objets asiatiques. Ceux-là même dont la mode a été introduite sous le règne de Louis XIV à l’occasion des ambassades de Siam, en 1682 et 1686. Pour limiter les coûts d’importation de ces pièces luxueuses, le duc décide d’innover. Entre 1725 et 1735, il installe trois manufactures sur son domaine de Chantilly, destinées à produire de la porcelaine, des laques mais aussi des indiennes, ces toiles peintes précieuses importées par la Compagnie des Indes. Tous les secrets des productions asiatiques n’ont pourtant pas encore été percés : le kaolin, ingrédient de la porcelaine, ne sera découvert en France que dans les années 1760.
Le duc aime toutefois les expériences. Dans son « hôtel Péquin », du nom de la capitale chinoise, il fait mener les premiers essais de porcelaine tendre par Cicaire Cirou, débauché de la manufacture de Saint-Cloud. La pâte tendre de la porcelaine se couvre d’émaux imitant les bleus de Chine ou s’inspirant du répertoire Kakiemon japonais. Au sein de l’exposition « Singes et dragons », la confrontation avec des pièces asiatiques originales permet de mesurer la qualité des porcelaines tendres de Chantilly. Cet « or blanc » du duc, estampillé de sa marque de fabrique, la trompe de chasse, est alors produit à des fins personnelles, d’où une relative rareté des pièces issues de cette manufacture, qui s’éteindra vers 1800. C’est aussi le cas pour les autres objets produits : seules deux indiennes de Chantilly ont été identifiées, alors qu’aucun objet en laque n’a été retrouvé. Leurs motifs sont en revanche connus. En 1735, le duc commande à Jean-Antoine Fraisse, son « peintre en toille », la copie des motifs de ses propres collections asiatiques. Ce sera le Livre de desseins chinois, dont deux exemplaires – sur 13 – sont présentés dans l’exposition, et qui servira de référence pour le décor des porcelaines cantiliennes. Les motifs font la part belle aux animaux, tels que les dragons et les singes. Une inspiration similaire à celle du célèbre décor de la Grande Singerie, peinte entre 1735 et 1737 dans l’antichambre de l’appartement du duc, en complément du décor de boiseries existantes, par Christophe Huet. C’est dans ces pièces qu’étaient exposées les « chinoiseries » du duc.

Dispersés à la Révolution, rares sont ces objets parvenus jusqu’à nous, à l’exception d’un cabinet japonais en laque de l’époque Edo. Soucieux de redonner sa grandeur au domaine, le duc d’Aumale a acquis de nombreuses pièces, dans leurs versions asiatique et cantilienne, au XIXe siècle. Elles qui constituent le noyau des œuvres exposées, enrichi de prêts du Musée du Louvre ou des Arts décoratifs, mais aussi de quelques-unes des onze pièces de porcelaine de Chantilly achetées en 2009, lors de la vente de la collection Jean de Cayeux, par la municipalité. Cela grâce à un mécénat atypique d’Axa en faveur d’une collectivité locale.

SINGES ET DRAGONS. LA CHINE ET LE JAPON À CHANTILLY AU XVIIIe SIÈCLE

Jusqu’au 1er janvier 2012, Château de Chantilly, 60500 Chantilly, tlj sauf mardi 10h30-17h. Catalogue, 64 p., 12 €, ISBN 978-2-9532603-3-5.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Les « chinoiseries » du duc

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