Les cathédrales au chœur de l’art

L’histoire complète des édifices au Palais du Tau, à Reims

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 31 août 2001 - 736 mots

Lieu de naissance du royaume chrétien de France, où, après Clovis, les rois furent couronnés et sacrés, la cathédrale de Reims occupe une position unique parmi les lieux consacrés du pays. Il revenait donc à son palais archiépiscopal, le Palais du Tau, d’accueillir « Vingt siècles en cathédrales », une exposition impressionnante tant par la quantité que par la qualité des 250 œuvres retenues : peintures, tapisseries, maquettes d’architecture, orfèvreries, sculptures, textiles, vitraux provenant de 55 des 87 cathédrales de France. Parmi les pièces présentées, une centaine a été restaurée pour l’événement.

REIMS - La cathédrale, “œuvre d’art totale”, écrivait Victor Hugo. Difficile, donc, de concevoir une exposition sur ce lieu de “synthèse de tous les arts. L’architecture mais aussi la sculpture envahissant la façade et surtout les portails, également présente à l’intérieur, [...] sans oublier les peintures du chœur, des chapelles et parfois sur les piliers, les tapisseries souvent disparues, les objets d’art dit mineurs sur les autels et dans les trésors”, précise Jacques Le Goff dans le catalogue qui paraît à l’occasion. Les maquettes de façades d’une quarantaine de cathédrales – en noyer (fin XIXe) – telles Saint-Pierre de Troyes, Saint-Étienne de Bourges, Notre-Dame de Laon, de Chartres ou de Strasbourg, accueillent le visiteur dans le hall magistral du Palais du Tau et répondent au premier défi que se sont donné les commissaires : évoquer l’architecture monumentale de ces constructions prestigieuses élaborées les unes après les autres, lors d’une véritable course aux records. D’autres maquettes relatent l’évolution de l’architecture des cathédrales du Moyen Âge à nos jours, depuis la cathédrale gothique de Reims jusqu’à celle d’Évry, construite en 1996, en passant par la cathédrale idéale de Viollet-le-Duc, jamais réalisée. Puis, les saints fondateurs, évêques, papes et chanoines ainsi que les empereurs, rois ou princes donateurs, étroitement liés aux édifices, sont largement représentés, notamment par la chasuble de saint Regnobert en soie orientale (XIIe siècle), le buste-reliquaire de saint Lizier (1525), un ensemble comprenant la mitre (XIIe siècle), la chape (vers 1300), les sandales (XIVe) et les gants (XVe) épiscopaux des évêques de Saint-Bertrand-de-Comminges ou encore le Retable de la légende de saint Mitre (1470-1475), attribué à Nicolas Froment, dans lequel le donateur est figuré de manière traditionnelle, agenouillé près du saint.

Des peintures inédites
Dépourvus de cadres – car ils appartenaient à l’origine à des retables –, les grands tableaux commandés pour les décors des cathédrales trônent magnifiquement dans une des salles du palais, dont les dimensions s’accordent parfaitement à la monumentalité des œuvres. Le Crucifiement de saint André (1647) signé Charles Le Brun inaugure la série. Conservée dans la chapelle Saint-André de Notre-Dame de Paris, la toile a contribué à affirmer la renommée de l’artiste dans la capitale. Suivent les peintures de Claude Vignon, Le Guerchin, Nicolas Mignard, Charles Le Brun, François Boucher ou Hippolyte Flandrin. Excepté le Triomphe de la religion (1821) d’Eugène Delacroix, provenant de la cathédrale d’Ajaccio, toutes les peintures se trouvent, pour la première fois, éclairées autrement que par la faible lumière des cathédrales. Le visiteur a tout juste le temps de reprendre son souffle avant de découvrir de nouvelles salles consacrées aux trésors, notamment celui de Reims, l’un des plus importants du pays, constitué d’objets précieux utilisés pour les sacres royaux (lire aussi p. 13) ou provenant du trésor de la Couronne de France, comme le reliquaire de la Résurrection en argent ciselé, contenant une relique du tombeau du Christ (XVe). Parmi les autres pièces d’orfèvrerie et grands reliquaires figurent le vase en cristal de roche d’un seul tenant de la cathédrale d’Amiens et, pour le XXe siècle, la croix d’autel en argent martelé et repoussé, réalisée par Goudji pour la cathédrale de Luçon en 1995. Au XXe siècle, les interventions artistiques les plus spectaculaires dans les cathédrales concernent les vitraux. Ceux de Chagall, Villon, Ubac, Viallat ou Rabinowitch clôturent superbement la manifestation. C’est sur le vitrail d’essai pour une verrière de la crypte de la cathédrale de Nevers, exécuté en 2000 par Gottfried Honegger, que s’achève un parcours à la fois chronologique et thématique, digne de l’immensité des cathédrales et dont chaque partie aurait pu faire l’objet d’une seule exposition !

- VINGT SIÈCLES EN CATHÉDRALES, jusqu’au 4 novembre, Palais du Tau, 2 place du Cardinal-Luçon, 51100 Reims, tél. 03 26 47 81 79, tlj 10h-19h, prolongé de 20h30 à 21h30 les 1er, 7 et 8 septembre. Catalogue, Monum, Éditions du Patrimoine, 527 p., 393,57 francs (60 euros).

« Mythes et réalités de la cathédrale de Reims »

Le 19 septembre 1914, un incendie ravage l’échafaudage de la tour nord et la charpente de la cathédrale de Reims. Bouleversé par l’incident, Bourdelle réalise une série de dessins aquarellés évoquant “le martyre�? de la cathédrale : des anges protecteurs, porteurs d’espoir, des figures empreintes de douleur, contorsionnées dans un univers gothique. Autour d’une cinquantaine de ces créations, le Musée des beaux-arts de la ville a élaboré une exposition sur l’histoire de Notre-Dame de Reims au XXe siècle. D’autres artistes tels Georges Rochegrosse, avec Intérieur de cathédrale (1915), Paul-Hubert Lepage, avec La Cathédrale vue du nord-ouest (1920) ou plus récemment Gérard Rondeau avec une photographie confondante de Vols d’étourneaux au-dessus de la cathédrale, rendent hommage à l’édifice. La manifestation s’inscrit dans une série de manifestations conçues comme un parcours dans la ville, à l’occasion de l’exposition du Palais du Tau.
- AUTOUR DE LA CATHÉDRALE À L’ÉPOQUE DU DERNIER SACRE, jusqu’au 30 décembre, Musée Saint-Rémi, 53 rue Simon, Reims, tél. 03 26 85 23 36.
- LA CATHÉDRALE PHOTOGRAPHIÉE 1850-1930, jusqu’au 29 septembre, Bibliothèque Carnegie, 2 place Carnegie, Reims, tél. 03 26 84 39 60.
- RODIN, BOURDELLE... ET LES ARTISTES RÉMOIS – MYTHES ET RÉALITÉS DE LA CATHÉDRALE AU XXe SIÈCLE, jusqu’au 27 octobre, Musées des beaux-arts de Reims, 8 rue Chanzy, Reims, tél. 03 26 47 28 44.
- LE MARTYRE DE LA CATHÉDRALE : LA RIPOSTE DE LA SATIRE, jusqu’au 16 septembre, Musée du Fort-de-la-Pompelle, Reims, tél. 03 26 85 48 60.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°131 du 31 août 2001, avec le titre suivant : Les cathédrales au chœur de l’art

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