Mardi 11 décembre 2018

Paris-7e

Les affiches de la colère

BDIC – Musée d’histoire contemporaine - Jusqu’au 24 février 2013

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 22 janvier 2013 - 346 mots

Délaissées par les collectionneurs artistiques, les affiches typographiques (où ne figure que du texte) font rarement l’objet d’une exposition.

S’il existait avant la Révolution française sous forme de placard, ce type d’affiche prend une forme nouvelle et une autre portée avec les événements politiques de 1789. Outil démocratique par excellence, il devient l’expression de la colère du peuple. Présentée pour la première fois au public, l’affiche Les Trois Urnes, à travers laquelle la femme de lettres Olympe de Gouges propose un autre mode de scrutin sur le principe républicain, vaut à cette dernière d’être guillotinée, le 3 novembre 1793. Suite aux progrès des techniques d’impression et aux nombreuses crises et guerres que traverse la France (révolutions de 1830 et 1848, guerre franco-prussienne, Commune de Paris), l’affiche s’affirme au milieu du XIXe siècle comme l’expression directe du pouvoir et du contre-pouvoir.

Bien que les revues et journaux abondent au XXe siècle , et qu’elle soit de plus en plus dévolue à la publicité, l’affiche est une invitation à l’action urgente et immédiate. C’est à travers elle que l’on mobilise, que l’on invite le peuple à voter, à militer ou à résister, même si, sous l’occupation allemande, les papillons, aux dimensions d’une vignette, supplantent parfois les affiches des mouvements résistants, trop encombrantes.

Lors des soulèvements de 1968, l’atelier populaire des Beaux-Arts devient l’un des hauts lieux de la contestation. On y produit des affiches en sérigraphie qui mettent au jour un style « atelier populaire » caractérisé par des lettres irrégulières, des dessins naïfs et des slogans percutants. Quasiment disparue aujourd’hui, l’affiche typographique a été réinventée avec succès par certains artistes contemporains engagés, dont Pierre di Sciullo et Vincent Perrottet. En jouant avec les lettres, en créant de nouvelles polices de caractères ou en multipliant les références littéraires et les niveaux de lecture, ils dénoncent une société où « tout est fait pour que nous cessions de penser ».

Voir « Affiche-Action, quand la politique s’écrit dans la rue »

Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), Musée d’histoire contemporaine, hôtel national des Invalides, cour d’honneur, place Vauban, Paris-7e, http://expositionafficheaction.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°654 du 1 février 2013, avec le titre suivant : Les affiches de la colère

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