Dialogue

L’empreinte visuelle de Richard Wagner

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2007 - 559 mots

Le Musée de la musique explore les diverses visions d’artistes inspirées par le compositeur.

PARIS - On doit l’idée d’organiser une exposition « sur la résonance de l’œuvre de Richard Wagner dans les beaux-arts » à Paul Lang, conservateur au Musée d’art et d’histoire de Genève. Alors que le Grand Théâtre de la ville sur le Léman offrait une nouvelle version du Tannhäuser mis en scène par Oliver Py en 2005, le Musée Rath à Genève inaugurait « Richard Wagner. Visions d’artistes », exposition reprise aujourd’hui par le Musée de la musique, à Paris. Faute de place, la présentation parisienne en offre une version réduite, mais réactualisée – la section sur le musicalisme, plus théorique, a disparu comme les œuvres contemporaines exposées au Musée d’art moderne et contemporain de Genève. Ainsi, le parcours de l’exposition commence-t-il plus tôt, avec Ludwig Richter, dont Le Cortège nuptial au printemps (1845-1847) est le premier tableau connu inspiré par l’œuvre du compositeur, et termine plus tard, avec Bill Viola, dont la vidéo Becoming light était, en 2005, encore intégrée à la mise en scène de Tristan et Iseult par Peter Sellars, à l’Opéra Bastille à Paris.
La dimension illustrative de la musique de Richard Wagner est telle que son impact a autant de visages que les émotions qu’elle suscite. Alors qu’Édouard Dujardin, dans la Revue wagnérienne en 1923, plaçait le compositeur à l’origine du symbolisme, c’est une formidable diversité qui s’ouvre à nos yeux. Du côté des illustrations, il peut s’agir des visions crépusculaires et mouvementées d’Hans Makart (Scènes extraites de L’Anneau du Nibelung avant 1883), comme des personnages très figés de Gabriel von Max (Vénus et Tannhaüser) ou de la vision onirique de Fantin-Latour (L’Or du Rhin, première scène, 1888). La dimension psychologique des œuvres d’Henri de Groux (Lohengrin), ou d’Odilon Redon (Parsifal) est typique des préoccupations du tournant du XXe siècle, tout comme le devoir de mémoire effectué par les artistes contemporains. En effet, la vocation de l’exposition n’étant pas documentaire, et pour ne pas faire doublon avec « Le Troisième Reich et la musique » présentée sur ce même lieu en 2004-2005, l’instrumentalisation de l’œuvre wagnérienne par le nazisme n’est qu’indirectement évoquée. Edward Kienholz, Joseph Beuys et surtout Anselm Kiefer ne parlent plus de Wagner, mais du mythe wagnérien en lien avec l’identité germanique.
Le catalogue vient idéalement étoffer le propos du parcours de l’exposition, où l’art et la musique (chaque visiteur a droit à un audioguide avec un choix d’extraits d’opéras) ont l’avantage sur l’écrit. L’essai le plus éclairant sur la sélection des œuvres est celui de Jean-Michel Nectoux, qui se penche sur le dilemme des artistes lorsqu’ils choisissent de transcrire Wagner en peinture : l’hésitation entre fidélité et trahison, entre réinterprétation créative et illustration, entre émotion et description. Claude Ritschard se fait, pour sa part, plus catégorique. Selon lui, ces œuvres doivent être considérées comme des « détournements de la pensée wagnérienne plutôt que des hommages. » C’est pourtant ce que fait cette exposition au Musée de la musique.
 

RICHARD WAGNER. VISIONS D’ARTISTES – D’AUGUSTE RENOIR À ANSELM KIEFER

Jusqu’au 20 janvier 2008, Musée de la musique, Cité de la Musique, 221, avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, tél. 0144844484, www.cite-musique.fr, tlj sauf lundi 12h-18h, dimanche 10h-18h. Catalogue coédité par les Musées d’art et d’histoire (Genève) et Somogy, 292 p., 159 ill. couleurs et noir & blanc, 50&nbps;euros, ISBN 2-850-568-864.

RICHARD WAGNER

- Commissaires: Paul Lang, conservateur au Musée d’art et d’histoire de Genève; Éric de Visscher, directeur du Musée de la musique, Paris - Nombre d’œuvres: 63 œuvres, extraits musicaux et de films

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°270 du 30 novembre 2007, avec le titre suivant : L’empreinte visuelle de Richard Wagner

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