Mercredi 20 novembre 2019

Madrid (Espagne)

Le temps mémoriel de William Christenberry

Fondation Mapfre Jusqu’au 24 novembre 2013

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 17 octobre 2013 - 305 mots

Il a suffi de quelques images d’un livre, celui de Walker Evans sur les métayers de l’Alabama, pour que l’Américain William Christenberry abandonne au début des années 1960 l’abstraction en peinture pour documenter en images noir et blanc d’abord, puis très rapidement en couleur, maisons abandonnées, églises rurales, cimetières et signalétiques de sa région natale, l’Alabama.

Si les clichés de Walker Evans, réalisés en 1936 en pleine dépression, sont devenus célèbres, ceux de William Christenberry, né la même année que les prises de vue du célèbre photographe américain, n’entendent absolument pas rivaliser avec eux. Le propos est autre, comme le montre cette première grande exposition consacrée à Christenberry en Europe.
De 1962 au début des années 2000, Christenberry a parcouru sa région sur quatre décennies, voyagé et enregistré de manière frontale, et toujours à distance, l’impact d’année en année du temps sur un même bâtiment, dont la maison en bois de ses grands-parents peu à peu grignotée par la végétation. L’humain est absent des images, même dans celles de Memphis. Seuls sont présents le temps qui passe dans cette vaste traversée de paysage et ses corollaires : le vieillissement, la disparition ou la transformation. Aucune nostalgie cependant dans le propos ni d’intrusion à l’intérieur des bâtiments.
Les vintages, petits formats d’amateur, rassemblés par séries, forment des récits que renforcent au fil du parcours les dix maquettes de maisons ; sculptures à l’identique de bâtiments photographiés, porteuses chacune d’une mémoire muette de ce qui s’est fait et dit. Ce qui n’est pas sans ramener à la série consacrée aux rassemblements du Ku Klux Klan et à l’installation Klan Room placées dès le début et face aux premières séries de paysages de l’artiste. Non en opposition, mais en filigrane d’une œuvre et de l’histoire d’un artiste indissociables de l’endroit où il est né et où il habite.

« William Christenberry, no son fotografÁ­as, son historias »,

Fondation Mapfre, hall d’exposition Azca, 40, avenue General-Perón, Madrid, www.fundacionmapfre.com 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°662 du 1 novembre 2013, avec le titre suivant : Le temps mémoriel de William Christenberry

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque