Dimanche 23 septembre 2018

Rétrospective

Le Nabi aux belles icônes

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2006 - 764 mots

Dans un parcours lumineux, le Musée d'Orsay retrace la carrière de Maurice Denis et met en exergue ses grandes compositions décoratives.

PARIS - Figure de proue et théoricien du groupe des Nabis, qu’il participe à créer à la fin de 1888 avec Paul Sérusier, Maurice Denis (1870-1943) fait l’objet d’une lumineuse rétrospective au Musée d’Orsay, à Paris. En 1994, le Musée des beaux-arts de Lyon avait déjà consacré une grande exposition à l’artiste en évoquant ses productions de céramiques, tapisseries, cartons et vitraux. La manifestation parisienne met davantage l’accent sur la peinture décorative et retrace, en un parcours chronologique, la carrière de l’auteur du premier manifeste nabi, « Définition du néo-traditionnisme » (in Art et critique). Dans ce texte paru en 1890, Maurice Denis édicte la célèbre formule : « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Démonstration avec les petits formats réunis dans les premières salles et peints par Denis dans les années 1890, telle l’audacieuse assemblée des Orphélines, où il supprime la perspective et le modelé des personnages, et s’amuse avec les arabesques formées par les coiffes blanches des fillettes ou la cornette de la religieuse. Aux côtés des nombreux tableaux issus des propres fonds du musée, comme les célèbres Muses (1893) ou Marthe au piano (1891), figurent des prêts importants. Ainsi d’Avril (Musée Kröller-Müller, Otterlo), Juillet (collection du docteur Rau, Cologne) et Soir de septembre (Musée des arts décoratifs, Paris), trois huiles appartenant à un même ensemble décoratif, Panneaux pour une chambre de jeune fille, venu rejoindre celui qu’Orsay possédait déjà, Soir d’octobre.

Inspiré par sa photographie
L’accrochage permet de cerner au mieux l’œuvre de celui que ses amis surnommaient le « Nabi aux belles icônes » pour le caractère simplifié de sa peinture, ses nombreuses références aux « primitifs » italiens (particulièrement Fra Angelico) et son attirance pour les sujets religieux. En témoigne le Mystère catholique (1889), composition sur le thème de l’Annonciation provenant du Musée départemental de Saint-Germain-en-Laye (lire l’encadré). Ce dernier a prêté de nombreuses pièces, telle La Légende de saint Hubert (1897), un assortiment de panneaux commandés par le baron Denys Cochin. Celui-ci souhaitait que Denis évoquât les cheminements de l’âme à travers la légende de saint Hubert, jeune seigneur du VIIe siècle que ses lointains périples menèrent à la conversion. Pour la première fois, Denis met en pratique ses théories sur l’art décoratif monumental ainsi que sur le symbolisme. Après avoir achevé cette commande, l’artiste part pour Italie à la redécouverte des maîtres de la Renaissance. Il s’éloigne alors du style nabi et des préoccupations Art nouveau et se lance dans de vastes compositions décoratives comme L’Amour et la Vie d’une femme, décor pour la chambre à coucher du peintre. Dispersés entre une collection particulière et le Musée de Saint-Germain-en-Laye, les six panneaux qui le composent sont aujourd’hui réunis à Orsay. Présenté au Salon d’automne de 1908, le cycle sur l’Histoire de Psyché conclut la rétrospective. Conservée au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, l’œuvre revient pour la première fois en France.
Le public est invité à poursuivre sa visite dans la galerie d’arts graphiques du musée, où sont visibles des dessins et gouaches de Denis – citons ses illustrations de Sagesse de Verlaine –, et dans la galerie de photographie. Y sont présentées des images d’amateur prises auprès de sa famille, sur la plage ou en Italie, et qui l’ont probablement inspiré pour réaliser certains tableaux.

Maurice Denis

Jusqu’au 21 janvier, Musée d’Orsay, 62, rue de Lille, 75007 Paris, tél. 01 40 49 48 14, www.musee-orsay.fr, tlj sauf lundi, 9h30-18h, 21h45 le jeudi. Catalogue, éd. RMN, 288 p., 44 euros, ISBN 2-7118-5053-6. À lire également : Maurice Denis, dessinateur, l’œuvre dévoilé, coéd. Somogy Éditions d’art/Musée départemental Maurice-Denis, 30 euros, ISBN 2-7572-0045-3 ; André Gide-Maurice Denis.”ˆCorrespondance 1892-1945, éd. Gallimard (coll. « Les Cahiers de la NRF »), 407 p., 25 euros ; Jean-Paul Bouillon, Maurice Denis. Le spirituel dans l’art, coéd. RMN/Découvertes Gallimard, 128 p., 13,10 euros. - Commissariat général : Serge Lemoine, président du Musée d’Orsay ; Guy Cogeval, directeur du Musée des beaux-arts de Montréal (où sera présentée l’exposition à partir de février 2007) - Commissaire scientifique : Jean-Paul Bouillon, professeur à l’université de Clermont-Ferrand - Commissaires : Sylvie Patry, conservatrice au Musée d’Orsay ; Isabelle Gaëtan, chargée d’études documentaires au Musée d’Orsay ; Nathalie Bondil, conservatrice en chef et conservatrice de l’art européen 1800-1945 au Musée des beaux-arts de Montréal - Nombre d’œuvres : 125 - Nombre de salles : 14

Maurice Denis, trait pour trait

Créé en 1980 au Prieuré, à Saint-Germain-en-Laye, où l’artiste demeura et travailla longtemps, le Musée départemental Maurice-Denis s’est montré généreux en prêtant une quinzaine d’œuvres pour la rétrospective du Musée d’Orsay. Associé à l’événement, il expose à cette occasion des dessins, gouaches et pastels issus de ses réserves. Au total, 150 feuilles dont certaines inédites illustrent les différentes facettes du talent de Denis, depuis les Nus réalisés à l’Académie Julien jusqu’aux grandes études préparatoires pour les décors muraux, en passant par les premiers dessins nabis où s’expriment l’originalité du peintre et sa conception mystique de l’art. L’exposition annonce la réorganisation prochaine des espaces du musée, qui devrait bientôt se doter d’un cabinet d’art graphique et réaménager ses réserves. « L’œuvre dévoilé : Maurice Denis dessinateur », Musée départemental Maurice-Denis, 2 bis, rue Maurice-Denis, Saint-Germain-en-Laye, tél. 01 39 73 77 87. Jusqu’au 21 janvier.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°247 du 17 novembre 2006, avec le titre suivant : Le Nabi aux belles icônes

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