Collectionneurs - Photographie

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Le MoMA s’invite au Jeu de Paume

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 7 octobre 2021 - 589 mots

PARIS

Le Jeu de paume présente les trésors photographiques d’avant-garde du collectionneur allemand Thomas Walther, conservés au MoMA.

Max Burchartz, Lotte (Œil), 1928, épreuve gélatino-argentique, 30 × 40 cm The Museum of Modern Art, New York, collection Thomas Walther.  © ADAGP, Paris, 2021. © 2021 Artists Rights Society (ARS), New York/VG Bild-Kunst, Bonn. © The Museum of Modern Art, New York, 2021, pour l’image numérisée
Max Burchartz, Lotte (Œil), 1928, épreuve gélatino-argentique, 30 × 40 cm The Museum of Modern Art, New York, collection Thomas Walther.
© ADAGP, Paris, 2021. © 2021 Artists Rights Society (ARS), New York / VG Bild-Kunst, Bonn. © The Museum of Modern Art, New York, 2021, pour l’image numérisée

Paris. En 2017, la Fondation Louis Vuitton présentait l’exposition « Être moderne : le MoMA à Paris », récit sur la manière dont le musée avait conçu l’idée de la modernité aux travers de plus de deux cents pièces maîtresses de ses collections. Quentin Bajac, alors conservateur en chef de la photographie du musée new-yorkais, comptait parmi les commissaires. Aujourd’hui à la tête du Jeu de Paume, Il propose un focus sur l’histoire de la modernité en photographie à travers la collection de l’Allemand Thomas Walther (né en 1949), détenue par le MoMA. C’est ainsi un pan d’histoire de l’art photographique qui se raconte sur les deux niveaux du centre d’art parisien.

Et d’abord celle d’un collectionneur très discret sur son itinéraire et ses choix auxquels le Jeu de paume ne consacre malheureusement que peu de lignes en introduction de l’exposition. Le visiteur restera donc sur sa faim. On le regrette car on ne peut voir les 238 photographies de la période moderne (1900-1930) de 130 auteurs différents sans s’interroger sur l’œil avisé qui les a acquises. D’autant que chaque pièce est un éblouissement et que l’éventail des photographes est conséquent et représentatif de l’époque, regroupant autant les noms référencés (Berenice Abbott, Gertrud Arndt, Iwao Yamawaki, André Kertész, etc.), que les oubliés, les méconnus voire les anonymes. Dans le parcours, les artistes du Bauhaus et les photoreporters se côtoient, tout comme les images passées à la postérité et celles plus confidentielles.

Un collectionneur assidu

On ne trouve pas chez Thomas Walther des séries d’un même photographe, ni de documents de travail sur l’auteur. « On n’est pas sur une collection bâtie sur l’idée de l’achat d’une archive, mais sur la pièce unique, le chef-d’œuvre », précise Quentin Bajac qui s’est occupé, en 2017, de l’achat par le MoMA de 42 œuvres supplémentaires à Thomas Walther. Le collectionneur n’est pas un historien de la photographie, ni un auteur de livre ou d’exposition sur le sujet, ni même un sauveur de fonds. Formé à l’architecture à Berlin, puis à la photographie par Michael Joseph à Londres, Thomas Walther a été photographe à New York avant de prendre conscience, à la fin des années 1970, de son talent relatif et, en même temps, du désintérêt général pour l’histoire de la photographe. Le marché s’esquissait à peine. Une collection de photographies exceptionnelles des auteurs de la modernité naissait, la photographie anonyme et la photographie du XIXe siècle formant deux autres volets d’une collection qu’il continue à enrichir.

Ce que l’on découvre aujourd’hui au Jeu de paume est donc ce que Thomas Walther a donné et vendu au MoMA en 2001 pour 27 millions de dollars, complété par un deuxième achat du musée en 2017. Ces achats ont été rendus possibles grâce à la vente d’autres photographies des collections du musée. Cette autre histoire, ce sont les cartels sous les images qui la racontent. Le principe d’inaliénabilité des collections n’existe pas aux États-Unis. Tout collectionneur d’œuvres intégrant une institution accepte ce principe.

La Collection Thomas Walther déplie une histoire des avant-gardes photographiques inoubliables, bien scénographiée par Pauline Phelouzat. Placées en début de l’exposition, les photographies – en appareil photo « embarqué » – du saut en parachute de Willi Ruge en 1931 au-dessus de Berlin peuvent déconcerter à première vue, mais s’avèrent une belle métaphore de cette période où l’avancée des technologies et l’expérimentation bousculent les codes de la représentation et se confrontent à partir des années 1930 à la montée du nazisme.

Chefs-d’œuvre photographiques du MoMA. La collection Thomas Walther,
jusqu’au 13 février 2022, Jeu de paume, 1, place de la Concorde, 75001 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°574 du 1 octobre 2021, avec le titre suivant : Le MoMA s’invite au Jeu de Paume

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