Dimanche 25 février 2018

Le génie subtil et mortifère des Aztèques

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 17 décembre 2007

« J’y ai trouvé un art admirable et me suis émerveillé du génie subtil de ces hommes de pays lointains. » Qui s’exprimait ainsi vers 1520 ? Albrecht Dürer, à propos des cadeaux envoyés par le grand chef aztèque Moctezuma à Charles Quint.

Cet art exubérant de vie plastique vivait alors les derniers instants de gloire d’un empire qui n’aura duré que deux siècles (1325-1521). C’est ce moment d’une civilisation condamnée à mourir que la Royal Academy de Londres fait revivre en trois cent quatre-vingts objets, depuis les souvenirs des civilisations antérieures, l’art de Teotihuacan, grande métropole couverte de pyramides aux premiers siècles après J.-C., puis l’art des Toltèques de Tula. Selon un témoin espagnol, dans la capitale de l’empire aztèque, Tenochtitlán (actuelle Mexico), les murs intérieurs des temples étaient couverts de sang, offrande indispensable pour apaiser une interminable succession de dieux assoiffés de victimes. Dramatiques et monstrueux, tous sont présents : dieux de la pluie, du feu, de la guerre, de la tribu aztèque, et Quetzalcóatl, le serpent à plumes qui dominait l’eau et le vent, et bien d’autres.

Une sculpture insolite représente une divinité des semailles et des moissons, un prêtre servant d’intermédiaire entre le dieu et les hommes. Son corps peint en rouge était recouvert pendant vingt jours, jusqu’au printemps, de la peau d’un homme sacrifié. Une imposante figure en terre cuite exposée pour la première fois hors de Mexico présente Mictlantecuhtli, seigneur de la mort. La grande galerie de la Royal Academy tente de restituer l’aspect du Templo Mayor de Tenochtitlán, centre supposé du monde. La Pierre du Soleil, sans être un vrai calendrier, rappelle les cataclysmes des ères précédentes, les Quatre Soleils, et ceux de l’ère à venir. En marge de ces drames brillent de somptueux ornements en mosaïques de turquoise, en or, vestiges d’emprunts à d’autres peuples, en particulier ces grands orfèvres qu’étaient les Mixtèques. Bien des questions se posent encore sur ce moment unique de la civilisation mexicaine, questions dont les solutions se trouvent peut-être dans les nombreux codex exposés.

LONDRES, Royal Academy of Arts Gallery, Burlington House, Piccadilly, tél. 730 08 00, jusqu’au 11 avril. Catalogue, 500 pp., 500 ill.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°545 du 1 mars 2003, avec le titre suivant : Le génie subtil et mortifère des Aztèques

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