Mercredi 21 novembre 2018

L’Art nouveau ou la fine fleur de l’intrigue

Par Emilie Oursel · L'ŒIL

Le 20 décembre 2007 - 342 mots

Une dizaine d’années après la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, la France cherche en la Russie l’allié stratégique pour lancer une guerre éclair contre la Prusse. La venue du tsar Alexandre III et de son escadre à Toulon en 1893 déclenche l’enthousiasme en Lorraine française. Les villages s’organisent et commandent à l’école de Nancy le Livre d’or de la Lorraine, dévoilant quatre-vingts artistes lorrains, ainsi que la fabuleuse table de marqueterie La Flore de Lorraine, pour les offrir à la Russie. Émile Gallé en a dessiné les motifs avec la précision d’un botaniste, révélant les fleurs locales telles le narcisse, l’orchidée sauvage appelée le « sabot-de-vénus » ou l’aubépine. Plus qu’un simple objet précieux, cette table est un appel, un cri inscrit sur fond de paysage automnal : « Gardez les cœurs qu’avez gagnés. »
C’est dans un contexte que l’école de Nancy prend son essor et devient la fine fleur du style français. Elle sert les intérêts diplomatiques de la France, qui offre de nombreux objets Art nouveau aux tsars entre 1891 à 1914, une collection exceptionnelle que dévoile la nouvelle exposition du musée de l’Hermitage à Amsterdam.
En 1896 c’est la « semaine russe ». La visite de Nicolas II à Paris est immortalisée par le peintre Georges Becker, tandis que le tsar reçoit de somptueux présents, dont une série de vases d’Émile Gallé Phalenopsis aphroditae (1890) aux orchidées roses. Les vases sont prétextes à des cadeaux de marque et, pour l’artisan, à une prouesse technique et esthétique qui font la singularité de l’Art nouveau. Ainsi le Paysage de verre (1907), confectionné par Gallé et l’école de Nancy, présente quatre couches de verre pour définir les nuances de lumière, entre le noir charbon des montagnes et le jaune poussin du ciel au crépuscule. Cette collection laisse échapper un souffle d’intrigue, qui happe le visiteur dans l’histoire entre combats et raffinement.

« Art Nouveau under the last Tsars », musée de l’Hermitage, Nieuwe Herengracht 14, Amsterdam (Pays-Bas), tél. 00 31 20 530 87 55, jusqu’au 5 mai 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°598 du 1 janvier 2008, avec le titre suivant : L’Art nouveau ou la fine fleur de l’intrigue

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