Siècle des lumières

L’art de l’illusion

Le grand panorama animé de Carmontelle fait l’objet d’une judicieuse exposition

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 juin 2008

SCEAUX - Entré dans les collections du Musée de l’Ile-de-France, à Sceaux (Hauts-de-Seine), grâce au legs Caze en 1982, le grand « transparent » des Quatre Saisons de Carmontelle (1717-1806) fait enfin l’objet d’une présentation au public.

Il était en cours de restauration depuis 2003. Ce document graphique, constitué d’un assemblage de 119 feuilles de papier vergé, dessinées à la pierre noire et à l’encre et mises en couleurs à l’aquarelle et à la gouache, forme un rouleau de 42 mètres de longueur tendu entre deux bobines. Il est à la fois un objet de curiosité, un travail pictural remarquable et un formidable témoignage de la vie aristocratique de la fin du XVIIIe siècle. Créé en 1798, il était destiné à être déroulé à la manivelle, image par image, dans une boîte présentée à contre-jour devant une fenêtre ou une chandelle, agrémenté de commentaires sonores ou de musique.

Le Vésuve en 4D
L’exposition restitue le chef-d’œuvre de Carmontelle dans sa présentation originelle. Le visiteur pourra par ailleurs en apprécier les détails par le biais de plusieurs dispositifs. Un film réalisé grâce au travail de numérisation mené par les équipes du Musée départemental Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt en présente ainsi le déroulé intégral. Dans une scénographie théâtrale mais élégante, le « transparent » est également mis en perspective avec l’art des jardins de son époque, évoqué par des gravures et dessins issus des collections du musée. La présentation de plusieurs appareils d’animation complète le panorama : théâtres d’ombres, parmi lesquels un rare exemplaire du théâtre de Séraphin provenant d’une collection privée, boîtes d’optique, lanternes magiques, fantascopes… Est également évoquée l’étonnante machine « vésuvienne » de Sir William Rowan Hamilton destinée à recréer l’éruption du volcan à l’aide de transparents animés avec ambiance sonore et odeur de soufre ! Ces spectacles constituaient alors des attractions très prisées, d’où le succès des créations de Louis Carrogis, dit « Carmontelle ». À la fois peintre réputé pour ses portraits, homme de lettres, créateur de jardins et ordonnateur de fêtes, Carmontelle a produit une petite dizaine de transparents, dont seul le Musée Condé de Chantilly conserve un autre exemplaire complet. Celui de Sceaux a été créé après la Révolution française, alors que ce proche de la famille d’Orléans tâchait de reconquérir une clientèle. L’alternance de scènes bigarrées, diurnes et nocturnes, rythmées par la scansion des grands arbres qui masquent la jointure des feuilles, le tout baignant dans une subtile atmosphère lumineuse variant au gré des saisons, témoigne aussi de sa maturité artistique.

LE VOYAGE EN IMAGES DE CARMONTELLE, jusqu’au 18 août, Musée de l’Ile-de-France, château et écuries du domaine de Sceaux, 92230 Sceaux, tél. 01 41 87 29 50, www.chateau-sceaux.fr, tlj sauf mardi, 10h-18h. Catalogue, collectif, 200 p., coéd. Musée de l’Ile-de-France/Somogy, 30 euros.

Carmontelle

- Commissaires : Geneviève Lagardère, conservatrice ; Gérard Rousset-Charny, attaché de conservation
- Scénographie : Frédérique Paoletti & Catherine Rouland, architectes et muséographes ; Antoine Fontaine, peintre et scénographe

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°283 du 6 juin 2008, avec le titre suivant : L’art de l’illusion

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