Mercredi 19 janvier 2022

Triennale - Art contemporain

La triennale : Intense proximité ? Vraiment ?

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 18 mai 2012 - 288 mots

D’emblée, la tâche n’était pas aisée : le Palais de Tokyo est devenu un immense vaisseau amiral dont on ne doute pas qu’il soit difficile à manœuvrer. Cependant, comment comprendre la faillite de l’accrochage de la Triennale [jusqu’au 26 août 2012] ?

Où se trouve « l’intense proximité » promise dans ce fatras d’œuvres accumulées plus qu’accrochées ? Celles-ci se côtoient sans dialoguer véritablement, hélas ! Et sans une once de médiation, car s’il n’investit pas dans les dix euros du guide, le visiteur n’aura point de salut. Si les œuvres disent parfois, elles perdent beaucoup dans l’entreprise. Aucun signe de complicité avec le regardeur, des choix d’une littéralité parfois confondante, notamment dans la courbe plus familière des anciens espaces... : la visite atteint rapidement l’incompréhension. Même si quelques perles – l’hypnotique et parfaite vidéo Jewel d’Hassan Khan installée dans les tréfonds du palais ou l’ensemble de dessins d’Ariella Azoulay tirés des archives du CICR – s’extirpent, l’approche est si cryptée qu’elle en devient ratée, frustrante. Car on aimerait, par exemple, en savoir plus sur l’œuvre ultraréférencée de Lili Reynaud-Dewar – vidéo, sculptures et photographies rendues mutiques par leur voisinage non explicite – ou sur la salle consacrée au Tchèque Dominik Lang. En ignorant que sa pratique incorpore les sculptures de son père aux siennes, entamant une réflexion sur la filiation et les archétypes d’expositions, la présentation se défait. La médiation n’est pas obligée de prendre en otage le visiteur, elle peut se faire indicielle, exister à travers un accrochage sensible remarquable qui produirait un dialogue visuel fécond et polyglotte. Ici, la langue est toujours étrangère. La proximité se fait alors rétive jusqu’à la méfiance, et le visiteur de briller par son incompétence : un sentiment plutôt désagréable.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°647 du 1 juin 2012, avec le titre suivant : La triennale : Intense proximité ? Vraiment ?

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