La religion de la couleur

Rétrospective Signac à la Fondation Pierre-Gianadda

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 12 septembre 2003 - 538 mots

Après la rétrospective “Paul Signac”? au Grand Palais, à Paris, en 2001, l’exposition de la Fondation Gianadda à Martigny, en Suisse, permet de redécouvrir des œuvres du peintre conservées dans les collections privées du pays. Le parcours chronologique suit l’évolution de l’artiste, de ses débuts timides dans un style impressionniste, aux environs de Paris, jusqu’à ses dernières visions du sud de la France.

 MARTIGNY - Dans la lignée des expositions proposées par la Fondation Pierre-Gianadda, à Martigny, “Paul Signac” nous livre un ensemble d’œuvres issues de collections privées suisses, peu connues et rarement accessibles au public, augmenté de quelques chefs-d’œuvre prêtés par des musées internationaux. Françoise Cachin, petite-fille de l’artiste et ancienne directrice des Musées de France, et Marina Ferretti-Bocquillon, avec laquelle elle a rédigé le catalogue raisonné du peintre, en sont les commissaires.
Si le parcours chronologique permet d’aborder plus aisément l’œuvre du peintre, l’accrochage manque de repères : les influences de Monet, Pissarro et Van Gogh ou le travail commun avec Seurat ne bénéficient pas d’une mise en exergue particulière. Belle illustration de l’enfermement bourgeois de la fin du XIXe siècle, Un dimanche (1890) semble noyé au milieu des nombreuses marines et autres vues de berges qui l’entourent. Décourageante et indigeste, une enfilade de treize panneaux retrace la biographie de l’artiste dans le couloir annexe, alors que les cartels collés au ras du sol requièrent de la part des visiteurs quelques acrobaties désagréables. Un bel ensemble d’aquarelles et de fusains sur papier vient néanmoins ponctuer avec légèreté les explorations du peintre, une alternative bienvenue à ses extravagances tropéziennes qui témoignent de sa passion pour la couleur.

Une passion inaltérable
Avant de trouver sa voie avec Georges Seurat (1859-1891) et le divisionnisme, Paul Signac (1863-1935) est un jeune peintre fasciné par l’impressionnisme. Influencé par Claude Monet, il a pour compagnons de route Armand Guillaumin et Camille Pissarro. La rencontre avec Seurat en 1884 est déterminante pour l’artiste qui ne cessera jamais de théoriser sur la couleur. Un après la mort de ce dernier, Signac s’installe en 1892 à Saint-Tropez. Sa grande connaissance scientifique lui permet alors d’exprimer des sensations colorées sans retenue. Il voyage, continue d’explorer les musées, découvre William Turner à Londres et s’enthousiasme pour les fauves. Il adopte l’aquarelle à partir de 1910 et travaille son sujet de prédilection : les bateaux, sa deuxième passion. Dès 1895, nombre de ses toiles illustrent les ports européens : Venise, Constantinople, Rotterdam, Marseille, Gênes et, bien entendu, Saint-Tropez.
En introduction à la réédition de l’essai théorique de Signac publié à l’origine en 1899, Françoise Cachin analyse parfaitement l’aura de l’artiste : la lecture du traité “n’a converti définitivement aucun grand peintre. Mais il a pu par sa religion de la couleur jouer un rôle auprès des fauves ; par son ascétisme auprès des cubistes ; par son effort d’analyse rationnelle auprès de Matisse ; par sa volonté de style, son détachement de la nature et son obsession de la peinture pure et de la couleur auprès de Delaunay, Klee, Kandinsky, pères de l’abstraction.” (1)

(1) in Paul Signac, d’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, 1899, éd. de 1978, Hermann, Paris.

PAUL SIGNAC

Jusqu’au 23 novembre, Fondation Pierre-Gianadda, Martigny, Suisse, tél. 41 27 722 31 13, tlj 9h-17h, www.gianadda.ch. Catalogue, 290 p., 31,50 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°176 du 12 septembre 2003, avec le titre suivant : La religion de la couleur

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