Art ancien

XIXE SIÈCLE

À la plage avec Eugène Le Poittevin

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2020 - 434 mots

FÉCAM

Ce romantique a peint la vie en plein air à Étretat. Une leçon retenue par les impressionnistes, pour l’inscription de personnages dans un paysage.

Eugène Le Poittevin, Pêcheurs à Étretat, huile sur panneau, collection Les Pêcheries, musée de Fécamp. © Photo François Dugué
Eugène Le Poittevin (1806-1870), Pêcheurs à Étretat, huile sur panneau, collection Les Pêcheries, musée de Fécamp.
© Photo François Dugué

Fécamp (Seine-Maritime). Eugène Le Poittevin (1806-1870) n’est pas un impressionniste : il appartient à la génération romantique. Cependant, l’un de ses tableaux présentés aux Pêcheries, Musée de Fécamp, Un pique-nique (1866), est mis en relation avec Le Déjeuner sur l’herbe (1865-1866) de Claude Monet. La raison en est que, si l’on fait abstraction de la technique et notamment du traitement de la lumière, le but des deux peintres est le même : inscrire les personnages dans un paysage. On peut noter qu’Eugène Boudin est lui aussi l’auteur d’un Déjeuner sur l’herbe en 1866, une étude sur panneau qu’il a dédicacée à Eugénie Manet, la mère d’Édouard Manet. Dans l’esprit, les œuvres de Boudin et de Monet sont beaucoup plus proches de celle de Le Poittevin que du Déjeuner sur l’herbe (1863) de Manet dont le sous-bois rappelle volontairement ces toiles peintes devant lesquelles on faisait poser les modèles à l’atelier.

À travers le récit de l’« invention » d’Étretat par Eugène Le Poittevin, Marie-Hélène Desjardins, conservatrice en chef des Pêcheries, et Laurent Manœuvre, commissaire scientifique de l’exposition, explorent l’un des courants à l’origine de l’impressionnisme. Celui-ci passe par le réaliste Gustave Courbet qui a peint La Vague (1869) dans l’atelier que Le Poittevin s’était fait construire en haut de la grève d’Étretat (le « perrey »), une maison jaune qu’il a représentée discrètement dans La Plage d’Étretat, ancienne enseigne de l’hôtel Blanquet (1842). Il faut citer aussi Eugène Isabey (1803-1886) qui a adopté ce village de pêcheurs inconnu dès 1822, y amenant Le Poittevin probablement en 1831.

La vie étretataise

Excellent praticien mais n’appartenant pas à « la frange des peintres novateurs » et dont, au cours de sa carrière, « la technique évolue peu, sinon pas », comme l’écrit Laurent Manœuvre dans le catalogue, Le Poittevin a surtout produit des scènes de genre appréciées à son époque. S’inspirant beaucoup de la vie étretataise, il a représenté les Parisiens en villégiature, dans Bains de mer à Étretat (vers 1866) et Les Bains de mer (plage d’Étretat) (1865-1866), un tableau non localisé aujourd’hui, issu de la collection personnelle de Napoléon III. Il a également été très attentif à la population locale, par exemple dans Pêcheurs de rocaille au pied de l’aiguille d’Étretat (1860), composé en contre-plongée et où apparaît seulement la base du majestueux rocher. « Ce point de vue surprenant et cet effet rapproché sont annonciateurs de la série des “Manneporte” tronquées que Claude Monet effectuera à son tour une vingtaine d’années plus tard au même endroit », écrit Marie-Hélène Desjardins.

L’invention d’Étretat (« Normandie impressionniste »),
définitivement fermée, Les Pêcheries, Musée de Fécamp, 3, quai Capitaine- Jean-Recher, 76400 Fécamp.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°555 du 13 novembre 2020, avec le titre suivant : À la plage avec eugène Le Poittevin

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque