Mercredi 17 octobre 2018

Kendell Geers : les fleurs du mal

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 octobre 2004 - 374 mots

Après « Hardcore » au Palais de Tokyo, Kendell Geers, le plus européen des artistes sud-africains, s’installe à Albi pour une exposition (enfin) personnelle, qui persiste à lui façonner une niche systématique et vigoureuse dans la catégorie artiste à discours, à révoltes, à désirs et à provocations. À efficiences variables. Selon qu’il y mette de la distance. Selon qu’il accorde sa confiance à sa propre pratique artistique. Et sans jamais perdre de vue l’inscription première et aiguë d’une œuvre violemment amorcée dans le contexte de l’apartheid. Cette fois c’est dans le décor des Moulins des Albigeois que Geers plante son approche réversible du bien et du mal, son ambition rebattue, tyrannique et pourtant irrésistible de fusion de l’art et de la vie. Baladant depuis quinze ans une œuvre hypersensible, hyperactiviste, hypertout, Kendell Geers déroule invariablement sa vision radicale d’un art libératoire, libertaire, d’une brutalité parfois drastique qui souvent vise juste, quitte à fléchir par excès de choses à démontrer, à objecter, à renverser ou à troubler. C’est donc assez naturellement à Henry Miller qu’il emprunte son titre d’exposition albigeoise. C’eût pu être aux autres compagnons de route, à Georges Bataille, à Nietzsche, à Baudelaire. À Michel Onfray, dont il partage sans doute l’esthétique dionysiaque. À ceux qui  parlent de chairs et de corps sexués. D’extase et de répulsion. Mais pour cette fois, c’est donc au lyrisme brutal de Miller que Kendell Geers chaparde son intitulé. Un Sexus concocté pour les murs et les volumes des Moulins, tirant parti d’une géographie hantée par les figures de Toulouse-Lautrec, et le déploiement de l’hérésie cathare. Autrement dit, tirant parti de la peinture jouisseuse de l’un, du bannissement – trop épouvanté pour être honnête – du corps par les autres. Il installe alors son copieux propos sous le signe chatouilleux de l’érotisme, dont il visite la définition, les images, la représentation, les tabous, les extensions/confusions avec la culture populaire de la pornographie. Kendell Geers compose finalement un itinéraire doucettement transgressif, mêlant sexe et religion, sainte vierge et pornographie, crucifix et érotisme, déclinant pour ce faire une pratique résolument polymorphe et comme toujours augmentée de percutantes présences sonores.

« Kendell Geers, Sexus », ALBI (81), Cimaise et Portique, Moulins des Albigeois, tél. 05 63 47 14 23, jusqu’au 31 octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°562 du 1 octobre 2004, avec le titre suivant : Kendell Geers : les fleurs du mal

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