Dimanche 25 octobre 2020

Paris 12e

Jérôme Zonder dans les entrailles du dessin

La Maison rouge Jusqu’au 10 mai 2015

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 18 mars 2015 - 341 mots

« AAAH PUTAIN ! J’ARRIVERAI JAMAIS À FAIRE TOUT CE QUE JE VEUX… » Inscrite dans une bulle façon BD en lettres capitales dans la partie supérieure d’un autoportrait qu’il a dessiné à la mine de plomb en 2008, cette exclamation de Jérôme Zonder laisse entendre que l’on n’a encore rien vu de ce qu’il voudrait nous faire voir.

Et pourtant, après le Lieu unique à Nantes au printemps dernier, voilà l’artiste qui envahit La Maison rouge sur le mode d’un labyrinthe mental. Des scènes insoutenables, des figures monstrueuses, des visages dépecés, des crânes éclatés, des corps délités, etc. : la violence est à l’œuvre chez lui comme vecteur tout à la fois de sélection des sujets qu’il traite et de détermination du rapport à sa matérialisation. La violence, c’est celle de la grande et de la petite histoire, celle des jeux d’enfants mimant les adultes, celle de la Shoah, d’Hiroshima, du Rwanda, bref, de tous les drames et de toutes les fêlures du XXe siècle, voire du terrorisme ambiant. La violence d’un état du monde qui en fait ses choux gras, qui s’en repaît, qui s’y vautre. Pessimiste, Zonder ? Pas vraiment. Il fait simplement un constat tout en tentant de transcrire en le transcendant le terrible fardeau de la condition humaine. Le corps, la question de sa représentation, la difficulté du figurable, l’expression du mémoriel l’ont entraîné au fil du temps à aborder le dessin par rapport à des questions tant de pratique que d’exposition. Si le travail au doigt procède d’une osmose entre le dessin et son auteur dans cette façon, comme il dit, d’aller « chercher la première image », il fait le choix scénographique d’accaparer l’espace tous azimuts de sorte à offrir au regardeur la possibilité d’entrer dans les entrailles mêmes du dessin. Quelque chose d’un vortex est ici à l’œuvre, et le sentiment est celui de déambuler dans les diverticules de la pensée de l’artiste. L’expérience ne manque pas d’être troublante, et l’on n’en sort pas indemne. Quoi demander de plus à une œuvre ?

« Jérôme Zonder. Fatum »

La Maison rouge, fondation Antoine de Galbert, 10, boulevard de la Bastille, Paris-12e, www.lamaisonrouge.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°678 du 1 avril 2015, avec le titre suivant : Jérôme Zonder dans les entrailles du dessin

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