Jean Prouvé, retour des maisons prodiges

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 novembre 2006

Passionné par l’œuvre de Jean Prouvé depuis plus de 20 ans, le galeriste Éric Touchaleaume décide en 2000 de partir en Afrique à la recherche des trois prototypes de maisons tropicales. Connaissant juste les noms des villes : Niamey (au Niger) et Brazzaville, il y restera six mois.
Leur découverte est digne d’un roman, l’une d’elles étant notamment habitée par un gardien qui y vit avec chèvres et chameau. Un patient travail de démontage, restauration et remontage est entrepris. Pour les deux maisons de Brazzaville, il faut également refaire le châssis à cause du climat humide et, boucher les impacts de balles ! Éric Touchaleaume vend une première maison à un collectionneur américain qui va l’offrir au Centre Pompidou en 2007.
Depuis le 26 octobre, la deuxième construction de Brazzaville, d’une surface de 180 m2, est présentée aux Parisiens, sur le lieu même où fut exposée la maison du Niger avant son départ. Les visiteurs peuvent y découvrir les principes fondamentaux de l’architecte et designer proche de Mallet-Stevens et de Le Corbusier.
Né en 1901 à Nancy, Jean Prouvé impose le métal à une époque où le béton est roi. Pour lui : « Il n’y a pas de différence de principe entre la construction d’un meuble et d’une maison. » Par exemple, la forme d’une poutre se retrouve exactement à l’identique dans un pied de table. Il aime les formes robustes, rectilignes et épurées, affectionne la tôle pliée, valorise le matériau et veut appliquer aux maisons les techniques de pointe héritées des constructions mécaniques aéronautiques.
Les trois uniques prototypes de maisons tropicales réalisés entre 1949 et 1951 sont destinés à pallier le manque d’infrastructure en Afrique. Construits en métropole, ces édifices légers en tôle d’acier et d’aluminium pouvaient être expédiés en avion-cargo et remontés en quelques semaines.
Malheureusement, trop avant-gardiste pour l’époque et trop coûteuse, l’expérience s’achève rapidement. Afin de partager sa passion, le galeriste aimerait faire de la troisième maison un musée Prouvé ambulant, voyageant dans le monde entier. Un étonnant paradoxe pour une construction sédentaire.

« La maison tropicale de Jean Prouvé », quai des Champs-Élysées, Paris VIIIe, jusqu’au 31 décembre 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°585 du 1 novembre 2006, avec le titre suivant : Jean Prouvé, retour des maisons prodiges

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