Paris 4e

Insaisissables et trompeuses années 1980

Centre Pompidou jusqu’au 23 mai 2016

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

Intéressante et déconcertante, cette exposition participe avec brio à la fabrication d’un mythe. On va certainement lire dans la presse commentant l’événement de merveilleuses pages sur les années 1980.

Elles ne pourront que plonger dans le désespoir ces malheureux qui n’ont pas eu la chance, parce que nés trop tard, de connaître cette époque exceptionnellement libre, iconoclaste et sensuelle ! Jorge Luis Borges s’amusait de ces acides réinventions du passé : « Déjà, dans les mémoires un passé fictif occupe la place d’un autre, dont nous ne savons rien avec certitude – pas même qu’il est faux. » Organisée en quatre espaces agrémentés de longs textes explicatifs – un texte d’introduction et un texte dans chacune des quatre salles –, l’exposition présente une soixantaine d’œuvres signées d’une vingtaine d’artistes. La première salle, « Le lieu du décor », interroge la réalité de la société du spectacle. On peut y lire ce commentaire : « Pour en rendre compte, les artistes mêlent les techniques : les photographes manient la peinture, conçoivent la photographie en tant qu’objet, allant jusqu’à penser le cadre pour les œuvres et usent de la mise en abyme afin de dissoudre la réalité dans la fiction. » Martin Parr (né en 1952 au Royaume-Uni) propose au sein de l’espace « Pratiques de classes » des épreuves chromogènes figurant des scènes de la vie ordinaire des classes moyennes britanniques. La salle « Duplicité de l’artifice » abrite des photos « mêlant réel et fiction au profit d’un curieux mélange que l’on pourrait qualifier de surréalisme “Queer”. Les angoisses d’une société satisfaite d’elle-même se trouvent ainsi sublimées par la convocation de l’étrange et de l’absurde. » Dans le dernier espace, « (Dis)paraître », des portraits réalisés par sept photographes dont Ellen Carey (née en 1952 aux États-Unis) et Jean-Paul Goude (né en 1940 en France) dévoilent autant qu’ils masquent, avec une volonté de réinventer la perception du corps et du visage. Loin de bien des réalités d’une décennie riche en conflits armés particulièrement meurtriers et autres bouleversements comme l’épidémie de sida, cette exposition quasi exclusivement centrée sur la scène occidentale apparaît infiniment plus légère qu’insoutenable !

« Les années 1980, l’insoutenable légèreté, photographies, films »

Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris 4e, www.centrepompidou.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Insaisissables et trompeuses années 1980

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