Dimanche 22 juillet 2018

Huit regards sur le paysage du XXIe siècle

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 392 mots

Ils sont huit, nés pour la plupart dans les années 1970. Ils peignent des paysages, à l’huile ou à l’acrylique sur des toiles, à l’aquarelle sur du papier. Visiblement, ils ne considèrent pas que « la vision fenêtre » (lire L’œil n° 583) appartienne à un passé définitivement révolu. Loin de la nostalgie du pays perdu, ils regardent le paysage tel qu’il leur apparaît en ce début du xxie siècle. « Forêts, montagnes, ne sont pas seulement des concepts, elles sont notre expérience et notre histoire, une part de nous-mêmes » (Nietzsche).
Matière et lumière dominent dans les acryliques d’Emmanuelle Castellan, lieux d’une rêverie où le monde serait presque transparent. À l’inverse, les montagnes de Sven Kroner sont âpres, comme souillées par la présence de l’homme. Thomas Fougeirol s’engage dans un corps à corps avec la nature. La masse des arbres toujours s’impose, tantôt légère, tantôt noire et épaisse.
Pour François Malbreil, le paysage est décor. Qu’attend donc la camionnette, phares allumés, sur ce quai désert des Caraïbes, alors que la nuit ne va pas tarder ? Les aquarelles de Frédéric Pauthal rendent compte d’un univers totalement urbanisé, marqué par des logiques inhumaines.
Entre documentaire et constat, Bertrand Segonzac réunit des peintures et des photographies, concevant des installations comme des pièges : ce qui s’offre au premier regard n’est pas nécessairement ce qui fait sens. Olivier Masmonteil réinvente des paysages d’où sont absentes toutes traces de présence humaine.
Les montagnes de Benjamin Joffre gardent, inscrits dans leurs volumes, les rythmes modelés par les séismes qui les ont fait apparaître. Paradoxalement, le minéral est ici signe d’instabilité. Guillaume Rivière, photographe, accompagne les huit peintres. Ses images, très composées, renvoient à une nature – là aussi souvent la montagne – dont la douceur ne serait qu’une fragile apparence toujours prête à se rompre.
Des vidéastes participent également à ces regards croisés sur le paysage du xxie siècle. Ludwig offre une Installation climatique saturée d’images en mouvement. Les vidéos de Thomas Bernardet et Florent Mulot parcourent des lieux jusqu’à épuisement tandis que Béatrice Utrilla propose Work
in Progress, images d’espace réel et mental d’où émerge l’idée de rupture.
Le paysage n’a pas disparu, en 2007, il suppose une mise en scène nouvelle du regard de l’artiste.

« Paysages », Espace Croix-Baragnon, 24, rue Croix-Baragnon, Toulouse (31), tel. 05 62 27 60 60, jusqu’au 28 février 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Huit regards sur le paysage du XXIe siècle

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