Hommage à Mérimée

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2003 - 408 mots

C’est à l’infatigable inspecteur général des Monuments historiques que fut Prosper Mérimée (1803-1870), que les vingtième Journées du Patrimoine rendront hommage. Personnage polymorphe, l’auteur de Colomba ne semblait en rien destiné à la sauvegarde du patrimoine monumental. En 1834, il est pourtant appelé à succéder à Ludovic Vitet au poste créé en 1830 par Guizot. Sa mission : inventorier le patrimoine monumental afin de justifier les choix de conservation. D’où les interminables tournées, menées de 1834 à 1839 dans une province qu’il n’affectionne guère, de la Bretagne au Midi, de la Corse à l’Auvergne, relatées avec une étonnante neutralité de ton dans ses Notes de voyages. « Mérimée admire les beaux monuments mais il n’a jamais senti ses yeux se mouiller à l’aspect de leur ruine », confirmera Vitet. Dénué d’esprit romantique, l’inspecteur se veut en effet pragmatique face à la délicate question patrimoniale. En 1840, une première liste de monuments à protéger est établie. « Le colonel » des Monuments historiques – selon ses propres mots – instaure un système de classement par ordre d’importance, mais non sans subjectivité. Son inclination pour l’Antiquité et le Moyen Âge y est manifeste, alors que les xviie et xviiie siècles ainsi que certaines architectures vernaculaires peuvent « se laisser ruiner sans bruit »... De même, l’archéologie peut attendre, « ce qui est souterrain étant toujours moins menacé ». Dans le domaine de la restauration, où la doctrine est fluctuante, Mérimée fait en revanche preuve de méfiance à l’encontre des « réparateurs », capables de laisser des traces « plus ineffaçables que celles que le temps ou le vandalisme peuvent leur imprimer ». Animé d’une indéfectible ténacité, l’académicien fera passer les crédits de restauration de la commission des Monuments historiques de 95 000 francs à son arrivée à 800 000 en 1848, dévolus à la protection de quelque deux mille quatre cents monuments. Alors qu’aujourd’hui se profile une décentralisation de la gestion du patrimoine, cette célébration du bicentenaire de Mérimée – hasard du calendrier – vient nous rappeler que le combat pour le patrimoine dure depuis plus de cent cinquante ans...

Journées du patrimoine, dans toute la France, les 20 et 21 septembre. Rens : www.culture.gouv.fr/jp « Le Tour de France de Mérimée en 100 photographies », exposition itinérante : abbaye du MONT-SAINT-MICHEL (50) jusqu’au 28 sept. ; château de CHAMBORD (41), 4 oct.-2 nov. ; REIMS (51), palais du Tau, 9 nov.-14 déc. ; PARIS (75), Conciergerie, 19 déc.-29 fév.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°550 du 1 septembre 2003, avec le titre suivant : Hommage à Mérimée

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