Samedi 16 février 2019

Goya au Prado

Une commémoration critiquée

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1996 - 766 mots

Dès son ouverture, la rétrospective Goya organisée par le Prado a fait l’objet de critiques alors même que le musée semble plus fragilisé que jamais (lire le JdA n° 23, mars 1996). Dernière avanie en date, la démission, finalement écartée par le ministre espagnol de la Culture, de son directeur. En effet, les conclusions hâtives de deux conservateurs du Prado avaient imprudemment conduit José MarÁ­a Luzón à annoncer la découverte d’un Goya, qui s’est rapidement avéré être une œuvre de Mariano Salvador Maella…

MADRID (de notre correspondante) - Ancien directeur du Prado, Francisco Calvo Serraller a critiqué  le caractère "banal et conventionnel" d’une nouvelle commémoration de Goya, la quatrième que propose le musée madrilène en dix ans. Teresa Posada, qui a travaillé aux côtés du commissaire de l’exposition, Juan J. Luna, conservateur en chef du département des Peintures anglaise, française et allemande, a rétorqué que "l’objectif n’était ni d’apporter de nouvelles données sur l’œuvre de Goya, ni d’approfondir son étude, comme ce fut le cas des expositions "Goya : le caprice et l’invention", en 1993, et "Goya et l’esprit des Lumières", en 1988, qui ont permis de réévaluer toute une série d’œuvres injustement considérées comme mineures. Mais nous avons tenu à rendre hommage à Goya en regroupant à Madrid des peintures qui ne sont pas habituellement exposées et rarement prêtées aux musées, comme le Portrait de Luis María de Cistue et les Majas au balcon."

S’insurgeant contre l’accusation d’improvisation et de superficialité – en comparaison des cinq années de préparation qu’a nécessité l’exposition Goya organisée récemment par le Musée national des beaux-arts d’Oslo –, Teresa Posada fait remarquer qu’à la différence du musée norvégien, le Prado n’a pas eu à chercher bien loin les toiles présentées : en effet, sur les 165 tableaux rassemblés jusqu’au 2 juin, 124 sont habituellement exposés dans les salles du musée et 41 seulement proviennent de collections publiques et privées d’Europe et des États-Unis. Mais "ces quarante et un prêts sont exceptionnels, affirme Teresa Posada. Nous n’avons essuyé aucun refus. Il ne manque ici que les œuvres qui, pour des raisons statutaires, ne peuvent être prêtées, comme celles de la Hispanic Society de New York ou de la collection Lehman, au Metropolitan".

L’exposition occupe presque tout le premier étage du Prado : soit les trois salles Goya habituelles, la galerie centrale, et quatre salles supplémentaires. Les "peintures noires" sont exposées, comme à l’accoutumée, au sous-sol. Teresa Posada précise encore que "les cartons des tapisseries n’ont pas été déplacés en raison de leurs dimensions, mais l’accrochage des autres œuvres a été modifié, afin d’en permettre une approche nouvelle et différente. Le parcours de l’exposition est à la fois chronologique et thématique. Ainsi, les peintures d’inspiration religieuse sont-elles regroupées, la Famille de Charles IV présentée avec toutes ses ébauches, et les œuvres de grandes dimensions réunies dans la galerie centrale, en guise d’apothéose."

La rétrospective Goya, dont le coût est estimé à l’équivalent de 9 millions de francs environ, n’est qu’un des projets de Goya 96. Cette société d’État dispose d’un budget de l’ordre de 40 millions de francs – financé à parité par les ministères de la Culture, du Tourisme et de l’Économie, et par un groupe d’entreprises privées – pour organiser la trentaine de manifestations au programme de l’année Goya.

Les expositions phares de l’année Goya

"Les dessins de Goya", malheureusement présentés après la rétrospective des peintures, feront l’objet d’une exposition du 1er juin au 31 juillet. Manuela Mena, vice-directeur du Prado, y montrera une sélection d’une cinquantaine d’œuvres graphiques de Goya sur les quelque cinq cents feuilles que conserve le musée.

"Les tapisseries et cartons de Goya", l’un des aspects les plus remarquables de l’activité de Goya au service de la Couronne, sont à découvrir au Palacio Real jusqu’au 31 juillet.

"Goya à la Bibliothèque nationale" rassemblera deux cents eaux-fortes, gravures, ­lithographies et dessins, du 25 juin au 20 septembre.

"La vie quotidienne au temps de Goya" sera évoquée grâce à une sélection d’objets d’art exposée au Musée archéologique, du 15 septembre au 1er décembre.

"Los Disparates de Goya, trois visions" montrera les différents états de cette ­mystérieuse série d’estampes, regroupées pour la première fois à la Chalcographie ­nationale, de septembre à octobre.

La Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, dont Goya fut directeur du département des Peintures, a entièrement remanié l’accrochage de sa salle Goya. Seule collection au monde à posséder deux autoportraits de l’artiste, ils seront présentés avec onze autres toiles, parmi lesquelles le célèbre portrait du favori royal, Manuel Godoy, et L’enterrement de la sardine.

La Fondation Lazaro Galdiano expose deux chefs-d’œuvre, Le Sabbat et L’Exorcisme.

GOYA, 1746-1828, Museo del Prado, Madrid, tlj sauf lundi, 9h-21h, jusqu’au 2 juin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Goya au Prado

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