Bâle (Suisse)

Gauguin, aux anges

Fondation Beyeler Jusqu’au 28 juin 2015

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 19 mars 2015 - 318 mots

Chose promise, chose due. L’exposition sobrement intitulée « Paul Gauguin » rassemble un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre du maître à la Fondation Beyeler, dont D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? (venu de Boston) et Rupe Rupe (La cueillette des fruits) (arrivé de Moscou).

Des chefs-d’œuvre, rien d’autre. L’exposition ne se veut d’ailleurs jamais démonstrative, et l’accrochage simplement chronologique – à l’exception d’une salle consacrée aux portraits – ne risque pas de faire des nœuds à la tête… Le risque de tournis est en revanche bien plus sérieux. Car l’exposition joue les rapprochements entre les œuvres ; là réside en grande partie sa réussite. Elle oblige le visiteur à passer d’un tableau à un autre, d’une poterie à un bois taillé, à stationner longuement devant telle œuvre et à la comparer à telle autre… Dès la deuxième salle, le bras tombant du Petit Breton nu répond au bras tombant du Christ vert, lui-même voisin d’un autre Christ, « jaune » celui-ci, qui se regarde à son tour dans le miroir inversé du célèbre Autoportrait au Christ jaune… Peut-être ne s’agit-il d’ailleurs pas du Christ, mais du peintre lui-même, comme le laisse penser Le Christ au jardin des Oliviers qui lui fait face, et dont les traits ressemblent à ceux du Pot en forme de tête placé à côté et identifié comme un autoportrait de Gauguin. Parfois, ce ne sont pas les formes ni les thèmes qui se font écho, mais les couleurs : l’orange des arbres repris pour la tignasse du Christ sert aussi d’arrière-plan à La Vision du sermon. Les œuvres se parlent et se répondent ainsi, jusqu’à un dernier Autoportrait de 1903, peint l’année de la mort du peintre. Dix ans séparent ce dernier tableau de l’Autoportrait à la palette qui ouvre l’exposition. Dix années, durant lesquelles Gauguin s’épuise à peindre un grand nombre de chefs-d’œuvre, dont beaucoup sont réunis à la Fondation Beyeler.

« Paul Gauguin », Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Riehen/Bâle (Suisse), www.fondationbeyeler.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°678 du 1 avril 2015, avec le titre suivant : Gauguin, aux anges

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