Lundi 20 septembre 2021

Art moderne

Saint-Rémy-de-Provence (13)

Françoise Gilot libérée, délivrée

Musée Estrine - Jusqu’au 23 décembre 2021

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 24 août 2021 - 315 mots

Il y a deux manières de voir Françoise Gilot : d’un côté, la jolie jeune femme ambitieuse qui séduisit Picasso pour mieux prendre la lumière avant de le trahir en publiant en 1964 Vivre avec Picasso, portrait féroce du maître ; de l’autre, l’artiste indépendante qui sut, au contraire, dire non au Minotaure et revendiquer sa liberté afin de suivre sa propre voie… Si la première lecture a longtemps dominé, il est temps de la faire évoluer.

C’est l’ambition de l’exposition « Françoise Gilot, les années françaises », consacrée à l’œuvre de l’artiste depuis son premier tableau en 1939 (Porte-fenêtre en bleu) jusqu’aux années 1970, durant lesquelles l’ex-compagne de Picasso s’installe définitivement aux États-Unis. Programmé l’année de ses 100 ans (le 26 novembre 2021), l’accrochage donne à voir une cinquantaine d’œuvres dessinées et peintes par celle qui partagea la vie du maître entre 1944 et 1953 et lui donna deux enfants (Claude et Paloma). Autant dire un événement, tant la France, qui a pourtant une relation complexe avec Picasso, s’est évertuée à minimiser, pour ne pas dire ignorer, la création de Gilot. Or, l’artiste s’y révèle non seulement honorable, mais talentueuse. Si les premières années de recherche sont indiscutablement influencées par le maître (jusqu’à retrouver l’œil de Guernica dans le Portrait d’enfant de 1947), Gilot fait tout de même preuve d’une étonnante dextérité. Son Claude, une fleur à la main (1949) témoigne d’un sens de l’équilibre et d’une qualité de dessin que l’on aimerait voir chez d’autres imitateurs de Picasso. Mais son originalité se manifeste lorsque Gilot assume véritablement la couleur. Si les volutes de Fruits et feuilles (1951) sont la preuve qu’elle lorgne du côté du « rival » Matisse, les aplats de couleurs pures l’emmènent de plus en plus vers une esthétique proche de Marie Raymond, voire de Nicolas de Staël. Certes, Gilot n’est pas Picasso, mais elle est parvenue à devenir elle-même. C’est déjà pas mal.

« Françoise Gilot, les années françaises »,
Musée Estrine, hôtel Estrine, 8, rue Lucien-Estrine, Saint-Rémy-de-Provence (13), musee-estrine.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°746 du 1 septembre 2021, avec le titre suivant : Françoise Gilot libérée, délivrée

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