Samedi 15 décembre 2018

Femmes, le long chemin vers la reconnaissance

Schirn Kunsthalle Frankfurt jusqu’au 1er juin 2008

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 26 février 2008 - 366 mots

Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui, la force de caractère et l’indépendance d’esprit qu’il fallut à des femmes peintres pour oser emprunter, durant la seconde moitié du XIXe siècle, le rude chemin de la modernité. L’exposition « Femmes impressionnistes » présentée à la Schirn Kunsthalle de Frankfurt rassemble cent soixante œuvres réalisées par quatre artistes à la postérité pour le moins contrastée : Berthe Morisot (1841-1895), Mary Cassatt (1844-1926), Eva Gonzalès (1849-1883) et Marie Bracquemond (1840-1916).
Ce choix témoigne d’un renouveau d’intérêt pour des itinéraires artistiques féminins qui furent souvent pénalisés par une conception de la culture qui ne pouvait être que masculine dans ses sphères les plus élevées. Réunir ces quatre femmes peintres sous la bannière de l’impressionnisme est cependant très réducteur. Incontestablement, Berthe Morisot, élève de Boudin et de Corot, amie de Monet et de Renoir, belle-sœur de Manet, s’engage sans réserve dans cette peinture de plein air où seule la lumière importe (lire L’œil n° 582), prenant part à toutes les expositions de la nouvelle école. Sa technique très personnelle, consistant à jeter sur la toile de longs coups de pinceaux nerveux et précis, donne à ses œuvres les plus chatoyantes l’apparence de brillantes improvisations.
Mary Cassatt, tout d’abord proche des impressionnistes (lire L’œil n° 570), née en Pennsylvanie (États-Unis), amie de Degas, développe à partir de 1890 un style particulier fortement influencé par la découverte des estampes japonaises. Son art s’épure, ses compositions deviennent de délicats jeux de lignes élégamment organisés autour de subtils aplats colorés.
En revanche, Eva Gonzalès ne participera jamais aux expositions impressionnistes, sa technique restant toujours très proche de celle de son maître, Manet. De loin la moins célèbre de ces quatre femmes, Marie Bracquemond renonça précocement à la peinture afin de ne pas porter ombrage à la carrière de son mari, Félix, peintre et graveur...
En ce début de XXIe siècle, le regard porté sur les femmes artistes a-t-il réellement changé ? Certainement, mais il peut encore y avoir d’étonnantes surprises. Un superbe ouvrage intitulé Les 200 plus beaux tableaux du monde, paru en octobre 2007, ne propose aucune œuvre réalisée par une femme !

« Femmes impressionnistes », Schirn Kunsthalle Frankfurt (Allemagne), www.schirn-kunsthalle.de, jusqu’au 1er juin 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°600 du 1 mars 2008, avec le titre suivant : Femmes, le long chemin vers la reconnaissance

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