Femmes d’Afrique

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 21 novembre 2008

« Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté »… Il semble que l’écho du poème de Senghor retentisse encore dans l’exposition du musée Dapper, « Femmes dans les arts d’Afrique ».

On entre et elles sont là, femmes de toutes les régions d’Afrique, chacune sculptée dans le style propre à la terre qui l’a vue naître. Presque toutes sont des femmes adultes, épanouies, aux seins lourds, comme la femme bangwa du Cameroun. Une discrète scénographie conçue par Michel Leveau les distribue sur le parcours du visiteur, soulignant complémentarités ou oppositions. Voici d’abord, solitaire, une admirable Statue igbo, imposante femme d’âge mûr, parée d’anneaux et de colliers, première épouse d’un dieu. Ensuite, les styles s’entrechoquent. La femme baoulée, douce et désirable, côtoie la femme dan, solide sur ses jambes, prête à se défendre. Au Mali, la femme bamana taillée en dure géométrie pointe des seins coniques. La femme suku, aux formes complexes, serait la mère du clan, fatiguée mais forte. Car la femme est d’abord mère en Afrique. Pour vaincre la stérilité, les adolescentes transforment leurs poupées de petites filles en figurines destinées à favoriser la fécondité. Structures de bois parées de perles, toute l’Afrique en a produit. Une étonnante Pipe luba évoque l’accouchement. Dès lors, la femme africaine est une femme avec enfant. Elle marche en le portant sur la hanche ou dans le dos. Toute tendresse, la mère yombe a allongé sur ses genoux son bébé qui tète un sein, tandis que la mère senoufo se dresse hiératique et puissante. Au Cameroun, un siège royal soutenu par huit statuettes de femmes tenant leur enfant sur leurs genoux rappelle la polygamie des rois bamum. Avec la ménopause, la femme vieillissante change de statut, accède à l’autorité et parfois au pouvoir politique. En témoignent les Têtes en bronze des reines mères de l’ancien royaume de Bénin ou les Têtes en terre cuite des Akan rappelant les visages d’ancêtres féminines de certains lignages. Au Nigéria, la société ogboni qui rassemble les hommes et femmes âgés d’une communauté constitue un vrai contre-pouvoir.

Voir

« Femmes dans les arts d’Afrique », musée Dapper
35 bis, rue Paul-Valery Paris XVIe
www.dapper.com
jusqu’au 12 juillet 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°608 du 1 décembre 2008, avec le titre suivant : Femmes d’Afrique

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