Faire tapisserie

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2010 - 456 mots

Le Musée Jean-Lurçat, à Angers, expose les créations des Manufactures nationales de 1960 à nos jours.

ANGERS - L’Ardente de Monique Frydman. Une toile parcourue de motifs abstraits au rendu transparent qui tient lieu de modèle et d’enjeu colossal pour le licier. Des brins de laine très fins ont été mélangés pour rendre la dilution des couleurs et leur luminosité. Le tissage a demandé des années de travail, mais conserve la sensation de fugacité impressionniste que distille l’œuvre peinte. La juxtaposition de la tapisserie et de son modèle permet de comprendre le travail de transposition. Une comparaison qui dément la réputation de la tapisserie d’assourdir les teintes. Depuis 1664 et la création des Manufactures nationales par Colbert, le savoir-faire ancestral des liciers des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie se mêle aux modèles contemporains pour meubler les édifices publics. Avec la volonté que la manufacture ne demeure pas qu’un conservatoire de techniques figées. La première moitié du XXe siècle semble cependant ignorer l’avant-garde artistique. Jusqu’à André Malraux qui, constatant que les artistes du XXe siècle n’avaient pas été tissés, décide de pallier à ce manque. C’est sous sa figure tutélaire que débute l’exposition du Musée Jean-Lurçat, à Angers, qui présente la création des manufactures nationales de 1960 à nos jours. Les années 1960 donnent la parole à Matisse, Picasso, Le Corbusier, Calder et Sonia Delaunay. Les transpositions sur laine de leurs œuvres se déploient, se démarquant peu de l’œuvre originale. Les années 1970 revendiquent une création directe sur le métier à tisser. La tapisserie ne disparaît pas sous le modèle, ils se nourrissent l’un et l’autre. Toutes les expérimentations sont tentées, avec une prédilection pour les jeux sur les matières : Alicia Penalba conçoit Samouraï, un triptyque tissé, véritable sculpture textile.  Les années 1980 révèlent l’enjeu de tisser l’abstraction. Pierrette Bloch, dans Mailles, encourage les accidents de l’écriture liés à l’agrandissement de son modèle, bouleversant les codes classiques du licier.  Les deux dernières décennies amènent une explosion de thématiques. Avec Les Mille et une nuisent, Philippe Favier a imaginé un monde grouillant de vie où se côtoient l’infiniment grand (la tapisserie) et l’infiniment petit (le modèle). L’excellent catalogue contient nombre de témoignages de liciers explicitant leur rapport à l’œuvre et à l’artiste avec lesquels ils travaillent de concert. Dommage cependant que l’exposition laisse de côté cet aspect et que l’artisan ne soit pas plus présent aux côtés de l’artiste.

MANUFACTURES NATIONALES, DE 1960 A NOS JOURS

Jusqu’au 28 novembre, Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine, 4, bd Arago, 49100 Angers, tél. 02 41 24 18 48, www.musees.angers.fr, tlj sauf lundi 10h-12h, 14h-18h. Catalogue, 90 p, 24 euros, ISBN 978-2-35293-025-1.

Commissariat : Françoise de Loisy (Musée Jean-Lurçat) ; Marie-Hélène Massé-Bersani (Manufactures nationales)
Nombre d’œuvres : 50

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°333 du 22 octobre 2010, avec le titre suivant : Faire tapisserie

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque