Dimanche 22 juillet 2018

Inédit

Exposition canine

Le Journal des Arts

Le 21 novembre 2003 - 671 mots

80 tableaux et dessins de Jean-Baptiste Oudry sortent pour la première fois d’ex-Allemagne de l’Est pour être présentés aux châteaux de Versailles et de Fontainebleau.

VERSAILLES, FONTAINEBLEAU - Tandis que le Musée Jacquemart-André à Paris célèbre la peinture de Nicolas de Largillierre (lire le JdA n° 180, 7 novembre 2003), les châteaux de Versailles et de Fontainebleau consacrent une exposition au plus célèbre de ses élèves, Jean-Baptiste Oudry (1686-1755). Si Largillierre excella dans l’art de peindre ses contemporains, son disciple se révéla un grand portraitiste d’animaux. En témoignent les 80 tableaux et dessins du Staatliches Museum de Schwerin (ex-RDA) actuellement présentés à Versailles et à Fontainebleau. Longtemps inaccessible, ce fonds incomparable – la plus importante collection au monde d’œuvres d’Oudry – fut réuni au XVIIIe siècle par les princes de Mecklembourg-Schwerin, grands amateurs de chasse et de peinture animalière. Le duc Christian Ludwig II acheta notamment à Oudry 40 œuvres figurant les animaux les plus extraordinaires de la ménagerie royale de Versailles, transformant ainsi son palais en un véritable zoo pictural. Ces tigres, hyènes, léopards, antilopes, grues couronnées ou demoiselles de Numidie sont aujourd’hui de retour au château. Au-delà de leur valeur documentaire, ces spécimens rares peints pour la plupart d’après nature donnent toute la mesure du talent d’Oudry.

« Des traits presque humains »
Émule de Desportes (1661-1743), peintre des chasses de Louis XIV, et admirateur du Flamand Peter Boel, dont il copia les très vivantes études (Vautour fauve ; Aigrette garzette), l’artiste excelle dans l’art de rendre l’anatomie animale, la texture soyeuse d’un pelage (Le Mouflon, 1739) ou les teintes variées d’un plumage (Demoiselle de Numidie, toucan et grue couronnée, 1745). Par-delà cette virtuosité technique, ses représentations séduisent par leur expressivité et leur humanité. Comme le souligne dans le catalogue Danièle Véron-Denise – commissaire, avec Xavier Salmon et Vincent Droguet, de l’exposition –, « les animaux d’Oudry […] prennent des traits presque humains, par toute la gamme de sentiments qu’ils expriment ». La dernière salle de la rétrospective versaillaise en offre une belle illustration. À côté d’une gracieuse Antilope (1739) aux allures de starlette, plongeant son regard dans celui du spectateur, prennent place un Léopard en colère (1741), saisi dans une attitude menaçante, et un orgueilleux Casoar (1745). Cette propension à l’anthropomorphisme transparaît également au château de Fontainebleau, lequel, conformément à sa destination première, accueille les œuvres relatives au thème de la chasse. Misse et Turlu (1725) ainsi que Mignonne et Sylvie (1728), levrettes de la meute de Louis XV, montent la garde à l’entrée du parcours. Reprenant une tradition inaugurée en France par Desportes, ces « portraits de chiens » valurent au peintre de nombreuses commandes royales. Oudry immortalisa notamment Polydore (1725), superbe braque qu’il campa avec majesté sur fond de paysage vaporeux, Lise (1725) ou encore Perle et Ponne (1732), chiennes d’arrêt saisies en pleine action.
En possession de cinq ou six équipages de chiens, Louis XV vouait à ses meutes un attachement sans borne. Il fut, plus encore que son bisaïeul Louis XIV, un chasseur impénitent. « Accordant une telle place à la chasse dans sa vie quotidienne, le roi voulut également la mettre à l’honneur à l’intérieur des bâtiments, et les décors cynégétiques proliférèrent partout », explique Danièle Véron-Denise. Conçu pour le château de Compiègne, le plus remarquable d’entre eux est aujourd’hui conservé en quasi-totalité à Fontainebleau, dans l’appartement dit « des Chasses ». Cartons d’une série de tapisseries consacrées aux chasses royales, ces toiles monumentales déclinent, dans des mises en scène complexes et des paysages grandioses, les étapes les plus insignes de la chasse à courre. Considéré comme le chef-d’œuvre de l’artiste, ce cycle exécuté entre 1733 et 1746 clôt avec brio l’exposition.

ANIMAUX D’OUDRY, COLLECTION DES DUCS DE MECKLEMBOURG-SCHWERIN

Jusqu’au 9 février 2004, Musée national du château de Fontainebleau, 77300 Fontainebleau, tél. 01 60 71 50 70, tlj sauf mardi 9h30-17h, et jusqu’au 8 février, château de Versailles, appartement de Mme de Maintenon, tél. 01 30 83 77 88, tlj sauf lundi 9h-17h30. Un catalogue pour les deux expositions, éd. RMN, 210 p., 36 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°181 du 21 novembre 2003, avec le titre suivant : Exposition canine

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