Art contemporain

Strasbourg (67)

Esprit d’Ungerer, es-tu là ?

Musée Tomi Ungerer du 20 mars au 21 juin 2020

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 26 février 2020 - 354 mots

Un an après la mort de Tomi Ungerer, on aurait pu craindre que ses foisonnants crayons ne s’ennuient.

Mais il faut croire qu’ils ont fait des petits, puisque son trait continue de se réinventer dans celui d’autres artistes. Alors que plusieurs musées de Strasbourg, sa ville natale, lui rendent hommage, le Musée Tomi Ungerer s’intéresse à deux héritiers spirituels de l’illustrateur, qui l’ont connu et se réclament de lui : le Belge Michel Kichka, né en 1954, qui vit en Israël, où il est considéré comme l’un des plus importants dessinateurs satiriques, et l’Allemand Frank Hoppmann, né en 1975. Avec Tomi Ungerer, ils partagent en effet l’amour de la ligne, l’expressivité, la liberté de ton. Les héros des contes pour enfants de Tomi Ungerer étaient des mal-aimés : une pieuvre, un vautour, ou encore trois brigands enlevant une petite fille. Tomi Ungerer ne se refusait rien. Dans ses albums jeunesse comme dans ses affiches ou ses satires, il s’affranchissait des limites, se moquait du politiquement correct, renversait les tabous. Les amoureux de l’auteur du Géant de Zeralda se délecteront ainsi des dessins percutants de Kichka, où un Père Noël tente de vendre un livre « pas cher » ou « kasher » à un rabbin, où des vautours planent au-dessus d’un Charlie Hebdo crucifié arborant les mots « Même pas peur », comme ils jubileront de l’énergie et de la subtilité du crayon de Hoppmann, dont surgissent un cochon en cravate fumant un cigare ou un homme allongé sur une table dévorant goulûment les plats pour fustiger la société capitaliste et la volonté de puissance de certains. À travers l’héritage de Tomi Ungerer, ces deux dessinateurs s’inscrivent dans une large famille spirituelle : le trait du dessinateur strasbourgeois portait en effet en lui la marque de la satire anglo-saxonne qu’il admirait, notamment dans les dessins de Saul Steinberg, mais aussi l’héritage poétique de Gustave Doré, dont il goûtait la virtuosité et le caractère prolifique, ou l’écho du rire mordant d’Honoré Daumier, et, en reculant plus loin dans les siècles, quelque chose de la délicatesse des artistes de la Renaissance germanique, Albrecht Dürer, Hans Holbein ou Baldung Grien. Rien de moins.

« Frank Hoppmann et Michel Kichka. Dans la ligne de Tomi Ungerer », Musée Tomi Ungerer, 2, avenue de la Marseillaise, Villa Greiner, Strasbourg (67), www.musees.strasbourg.eu

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°732 du 1 mars 2020, avec le titre suivant : Esprit d’ungerer, es-tu là ?

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