Samedi 7 décembre 2019

Art ancien

Paris-1er

Enfin Delacroix

Musée du Louvre - Jusqu’au 23 juillet 2018

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 22 mai 2018 - 386 mots

« Encore Delacroix ? » La formule n’est pas journalistique, elle appartient à Sébastien Allard et Côme Fabre, les conservateurs du Louvre qui la placent en ouverture de leur rétrospective Eugène Delacroix.

Si la tournure semble irrévérencieuse, elle témoigne en fait de l’ambiguïté qui entoure le peintre dont les tableaux sont certes devenus des icônes universelles, mais dont la dernière rétrospective remonte à… 1963.

Celle-ci était organisée par le Louvre, déjà, et pour cause : le musée parisien possède, outre le fonds de dessins Moreau-Nélaton qui ne peut circuler en raison des clauses du legs, l’ensemble des grands chefs-d’œuvre de jeunesse du peintre ! Pour le Louvre, la difficulté résidait donc moins dans l’obtention des prêts que dans le renouvellement du propos. Or, si l’on connaît bien les quinze premières années de la production du maître, celles des Scènes des massacres de Scio (1824) et de La Liberté guidant le peuple (1830), les décennies suivantes sont moins appréciées, Delacroix donnant l’impression de se perdre dans les sujets floraux et religieux. Les commissaires prennent donc un risque en choisissant de respecter la chronologie et, par conséquent, d’accrocher tous les chefs-d’œuvre en début de parcours (à l’exception de La Mort de Sardanapale qui, de par son format, n’a pas pu quitter les salles permanentes du musée) : le risque de montrer deux Delacroix, un jeune peintre majeur et un autre, plus âgé, devenu secondaire… Mais c’était compter sans l’intelligence des commissaires et le génie de Delacroix, car ce que dévoile l’exposition est, au contraire, un peintre qui n’aura de cesse de livrer bataille, de se mesurer avec les anciens puis avec lui-même. Lorsqu’il peint ses corbeilles de fleurs pour le Salon de 1849, comme ses grandes compositions de chasse, Delacroix rivalise avec Rubens ; lorsqu’il s’adonne aux compositions religieuses, c’est à Rembrandt qu’il se mesure – son Christ au tombeau (1847-1848) de Boston est admirable de clair-obscur. Si la fin de la carrière de Delacroix montre un peintre davantage tourné vers ses souvenirs et les grands sujets qui ont fait son succès, elle montre aussi un peintre percevant les nouvelles voies de son art. Comment ne pas penser à Courbet devant son Sous-bois, environs de Sénart (1850) et plus encore à Monet devant La Mer à Dieppe (1854) ?
 

« Delacroix, 1798-1863 »,
Musée du Louvre, rue de Rivoli, Paris-1er, www.louvre.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°713 du 1 juin 2018, avec le titre suivant : Enfin Delacroix

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