Mercredi 26 janvier 2022

Bande dessinée

Paris-1er

En mairie avec l’insoumis Cabu

Hôtel de Ville

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 24 novembre 2020 - 311 mots

PARIS

À l’Hôtel de Ville de Paris, l’expo rétrospective « Le rire de Cabu », à l’initiative de sa veuve, Véronique Cabut, regroupant, avec la complicité du commissaire Jean-François Pitet, plus de 350 dessins (dont de nombreux inédits) du dessinateur de presse satirique le plus connu de France (Jean Cabut, dit Cabu, 1938-2015), est sous haute sécurité : deux filtrages à l’entrée.

Une fois à l’intérieur, et passé les larmes – difficile de ne pas se remémorer le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 au nom d’un islam dévoyé –, on arrive tout de même à rire. Car, au fil des salles, le génie du trait et de l’humour est là. On l’a souvent comparé à Daumier, ce qui est juste. Mais, au vu de sa capacité à faire feu de tout bois, on peut dire qu’il est le Picasso du dessin de presse. Cabu, à travers ses multiples contributions dans maints journaux et émissions TV (Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo, Hara-Kiri, Récré A2, Droit de réponse…), c’est aussi soixante ans de l’histoire de France et la manifestation de « l’esprit français », à la fois infiniment léger, voire tendre, et terriblement insolent, corrosif. Pendant l’exposition, on se dit aussi qu’on vit tout de même dans un beau pays, où l’expression libre va de pair avec la démocratie : voilà une institution publique qui dévoile, en son sein, une section riche de nombreuses caricatures se moquant ouvertement de nos dirigeants politiques d’hier et d’aujourd’hui, de Vincent Auriol au président actuel via ce « grand con de Chirac », dixit Cabu, qui fut longtemps le maire de Paris (1977-1995). Cette liberté de manœuvre, et de monstration, est bel et bien la preuve que nos valeurs républicaines – liberté (d’expression), égalité, fraternité – sont toujours de mise dans notre précieux Hexagone. Ouf, on respire mieux. Continuons à rire de tout, sans peur, et à résister.

« Le rire de Cabu »,
Hôtel de Ville, 5, rue de Lobau, Paris-4e, www.paris.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°739 du 1 décembre 2020, avec le titre suivant : En mairie avec l’insoumis Cabu

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