Dimanche 18 février 2018

Drapeaux gris

Premier essai en roue libre

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 6 août 2007

« Drapeaux gris », au pluriel. Un titre bien énigmatique qui renvoie à une teinte qui n’est ni le blanc ni le noir. Une incertitude donc, qui situe d’emblée l’exposition collective dans la nuance, la réflexion.

Le moins que l’on puisse dire de l’exposition « Drapeaux gris » qui occupe la grande nef du CAPC de Bordeaux, c’est qu’elle prend le contre-pied absolu de ces dernières années. Assurément visuelle, séduisante, l’exposition relève un premier défi : occuper les lieux, leur tenir tête. Car il n’est pas évident d’habiter cette nef grandiose qui fait tout le cachet de ce musée sans se laisser dicter un ordre souvent monumental ou orthonormé.
Ici, rien de tout cela, on commence par « buter » sur un mur. Une sorte de cul-de-sac, de tautologie tout en finesse qui fait démarrer le parcours en trombe. L’œuvre est signée du jeune Kelley Walker. Sur l’angle de mur imposant qu’il a fait construire au milieu de l’espace, se déploie un papier peint. Le motif est une photographie d’un bloc de pierre repéré au milieu d’un des murs du musée. Une absurdité qui en dit finalement long sur les intentions de l’exposition : résister. À l’identification, à l’explication, aux commentaires, aux audioguides, à la catégorisation des œuvres mais certainement pas à leur analyse.
Le jeu de pistes peut donc commencer. Semé de trous d’air, il réserve des moments inégaux, les œuvres n’ayant pas toujours le même niveau d’exigence intellectuelle. Mais la visite fonctionne petit à petit et le regard se décille autant que les œuvres se dérobent.
Ici, une œuvre de Gabriel Orozco, un ventilateur tourne des rouleaux de papier toilette sur chaque pale, déroulant et entrecroisant de dérisoires volutes. Là, on reconnaît l’œuvre de Walter de Maria réalisée dans le désert, un champ de paratonnerres destiné à créer un champ d’éclairs. Mais l’icône photographique s’est faite toile, peinte à la manière d’un autre artiste, Jack Goldstein, le tout signé Jonathan Monk ! Ça se corse. Même entre deux couchers de soleil, l’un signé Tacita Dean, l’autre Walid Raad/Atlas group, ce n’est pas si simple. Que regarde-t-on ? Quelle est la nature de ces images ? Qu’induisent-elles ? Ces questions surgissent au détour des photographies et mini-vidéos de Lutz Bache, des fleurs trompeuses de Helen Chadwick, et des films de Wilhelm Sasnal ou Apichatpong Weerasethakul.
Tout est dans le gris, un principe d’incertitude qui cheville l’exposition et les artistes qui y sont invités. Du coup, on aimerait presque en savoir plus. Mais le communiqué ne vous dira rien de plus. Il est l’œuvre de l’Américain Seth Price, tout comme le titre, « Drapeaux gris ». Le texte a été écrit en 2005 puis utilisé pour une autre exposition complètement différente qui, de fait, s’est aussi appelée comme cela. Le gris, un faux ami qui vous veut du bien.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Drapeaux gris » jusqu’au 18 mars 2007. CAPC-musée d’Art contemporain de Bordeaux, Entrepôt, 7, rue Ferrère, Bordeaux (33). Le musée est ouvert tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu’à 20 h. Tarifs : 5 et 2,50 €. Tél. 05 56 00 81 50. www.bordeaux.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Drapeaux gris

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