Mercredi 12 décembre 2018

Divines parures indiennes

Musée du Président Chirac, Sarran (19), jusqu’au 15 juin 2008

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 26 février 2008 - 349 mots

Peut-on imaginer contraste plus saisissant ! Au cœur de la Corrèze, au milieu des pommiers et des étangs, le musée du Président Jacques Chirac, à Sarran, accueille le temps d’une exposition un éblouissant ensemble de joyaux d’Inde du Sud issu de la collection suisse Barbier-Mueller. L’occasion de réviser bien des clichés sur la symbolique de ces parures, instruments du rituel et talismans tout à la fois.
Car loin d’être un simple colifichet, le bijou, en terre indienne, cristallise les superstitions et les croyances, dit les rites de passage et l’appartenance à une caste. Gage de prospérité, il transmet un message en même temps qu’il témoigne silencieusement du statut de celui qui le porte. Investi du pouvoir des dieux et des déesses, il traduit enfin la complexité des cultes, la profondeur de certains concepts philosophiques. L’importance des bijoux, en Inde, puise ainsi sa justification dans la littérature sacrée. Les textes védiques leur prêtent des vertus, les dieux et les déesses les arborent comme autant d’attributs de leur puissance. Bien avant rois et empereurs, Vishnu se pare de saphirs,
Indra porte des rubis, Agni des diamants. Il n’est pas rare non plus de voir des bodhisattvas (futurs bouddhas) ployer sous le poids d’une tiare ou d’un diadème des plus sophistiqués. Quant aux nymphes et aux déesses, leurs courbes sensuelles ruissellent de colliers et de pendentifs sur les peintures murales d’Ajanta ou les bas-reliefs de Khajuraho...
C’est cette union intime et ancestrale entre séduction et sacré que reflètent les admirables parures collectées par Jean-Paul Barbier-Mueller. Oscillant entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle et provenant, pour la plupart, du Tamil Nadu, colliers, bracelets, parures de cheveux tressés sont les témoins muets d’une tradition millénaire qui n’exclut pas pour autant la création. Pour preuve, cette extraordinaire paire de boucles d’oreilles de la région de Madurai aux accents étonnamment « cubistes », en fait des « mantras » (transcriptions géométriques d’incantations et de prières).

« L’Or de l’Inde, joyaux de la collection Barbier-Mueller », musée du Président Chirac, Sarran (19), tél. 05 55 21 77 77, jusqu’au 15 juin 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°600 du 1 mars 2008, avec le titre suivant : Divines parures indiennes

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