Samedi 14 décembre 2019

Coopération

Des Vierges du Louvre au Puy

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 6 septembre 2011 - 543 mots

Pour célébrer la rénovation de l’ancien hôtel-Dieu de la ville auvergnate, une trentaine d’œuvres ont été prêtées par le musée parisien.

LE PUY-EN-VELAY - Heureux habitants du chef-lieu du département de la Haute-Loire, qui bénéficient, jusqu’en octobre, du privilège de voir réunis dans leur cité vingt-six chefs-d’œuvre prêtés par le Musée du Louvre ! Au quatrième étage de l’ancien hôtel-Dieu, dont la rénovation vient de s’achever, sont exposées quelques pièces majeures provenant du musée parisien, telles que La Vierge au lapin de Titien (1530), La Sainte Famille de Rembrandt (1640), ou un relief de Vierge à l’Enfant dû au sculpteur italien de la Renaissance Mino da Fiesole. Ceux-ci sont mis en perspective avec des œuvres issues du riche fonds du musée de la ville, le Musée Crozatier, fermé jusqu’en 2014 (lire l’encadré), telle une Adoration des mages de Claude Vignon traitée en frise sous un éclairage crépusculaire, mais aussi avec quelques sculptures provenant d’églises du département.

L’ensemble constitue une présentation de soixante œuvres sur le thème de l’iconographie mariale. C’est en effet à une Vierge noire que les pèlerins s’engageant sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle rendent hommage, depuis le Moyen Âge, dans la cathédrale contiguë à l’hôtel-Dieu, où ils étaient jadis hébergés. Un accrochage très resserré mais aussi très didactique, permet ainsi d’évoquer l’histoire de Marie au travers de cette sélection rigoureuse de sculptures, objets d’art et peintures.
Reste une question : pourquoi le Louvre, d’ordinaire si mauvais prêteur envers les musées de province, a-t-il accepté de se séparer temporairement de ses chefs-d’œuvre ? La réponse est – hélas – politique. La présence du logo du musée sur chaque cartel signe d’emblée l’opération de communication. Et le maire de la ville, Laurent Wauquiez, qui est aussi membre du gouvernement, ne se cache pas d’avoir pesé pour convaincre le président du Musée du Louvre d’accepter d’honorer ainsi la réhabilitation de l’ancien hôtel-Dieu.

Fermé depuis les années 1960, le bâtiment a rouvert au public en mai, après plus de trois ans de travaux. Depuis son classement au patrimoine de l’Unesco, il était de mauvais ton de continuer à laisser ce prestigieux édifice à l’abandon. Après maints projets n’ayant jamais abouti, la communauté d’agglomération s’est finalement lancée en 2006, en confiant les travaux à l’architecte Jean-Michel Wilmotte. D’un coût de 19,5 millions d’euros, ils ont permis de remettre en état le bâtiment, d’en valoriser certaines parties historiques, dont la chapelle et l’ancienne pharmacie, mais aussi d’y loger un centre de congrès, un restaurant, un centre d’interprétation de l’histoire régionale, et des salles d’expositions temporaires. S’offrir le Louvre – et s’acquitter de près de 400 000 euros de frais d’assurances pour une exposition dont la valeur est estimée à 135 millions d’euros ! – permettait ainsi de marquer dignement l’événement. 

Des chefs-d’œuvre du Louvre s’exposent au Puy-en-Velay – Regards sur Marie

Jusqu’au 3 octobre, hôtel-Dieu, 2, rue Becdelièvre, 43000 Le Puy-en-Velay, tél. 04 71 07 00 00, www.hoteldieu.info, tlj 10h-18h30

REGARDS SUR MARIE
Commissariat : Gilles Grandjean, conservateur en chef du Musée Crozatier ; Philippe Malgouyres, conservateur au département des Objets d’art du Musée du Louvre

Légende Photo :
Tiziano Vecellio dit le Titien - La Vierge au lapin - 1530 - Huile sur toile - Musée du Louvre - Paris © photo Musée du Louvre / Angèle Dequier

Crozatier en chantier

Construit à partir de 1850 grâce à un important legs du fondeur d’art parisien Charles Crozatier (1795-1855), originaire du Puy-en-Velay, le musée éponyme conserve une collection encyclopédique de près de 70 000 pièces. Celles-ci concernent les domaines de l’archéologie, des beaux-arts, de l’ethnologie, des sciences naturelles et de la dentelle. Fermé, l’édifice va subir une mue importante. Les travaux permettront de faire passer sa superficie de 4 000 à 7 000 m2. Deux nouvelles ailes seront élevées côté rue, constituant ainsi une nouvelle façade pour le bâtiment. Ces espaces permettront notamment d’ouvrir une section dédiée à l’art contemporain et d’aménager des salles d’expositions temporaires. Confiée à l’architecte Laurent Beaudouin, cette rénovation devrait coûter un peu plus de 18 millions d’euros. Elle sera financée au tiers par l’État, via le plan « Musées en régions ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°352 du 9 septembre 2011, avec le titre suivant : Des Vierges du Louvre au Puy

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