Des tissus coptes à Amiens

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 21 décembre 2007

De la couleur ? Oui, on en découvre partout sur ces tissus coptes vieux de tant de siècles. Un somptueux rouge profond modèle des motifs cernés de pourpre violacé qui émergent sur l’ocre du fond. Certaines de leurs formes, étonnamment modernes, devaient inspirer le peintre Braque. Produits du IIIe au XIIe siècle par les chrétiens d’Egypte, ces tissus se sont conservés dans les tombes creusées dans les sols secs du désert aux environs de l’actuelle ville de Minieh. C’est là que s’élevait dans les premiers siècles ap. J.-C. la cité d’Antinoë dont les ruines ont été fouillées par Albert Gayet en 1904 et 1906. Emile Guimet et surtout Albert Maignan, financeurs privés de ces recherches ont légué à l’Etat ces pièces issues d’un autre âge. Sur les 80 fragments que compte la collection amiénoise, 41 ont été choisis pour être exposés après avoir fait l’objet d’une étude universitaire. Ils décoraient de riches vêtements et autres objets quotidiens (couvertures, rideaux) remployés comme linceuls. S’agissant de vêtements civils, il n’est pas surprenant que les thèmes décoratifs soient souvent mythologiques, avec des représentations de Dionysos, de scènes de chasse, de centaures, dans un cadre nilotique. Malgré la conversion au christianisme à la fin du Ve siècle, des thèmes païens persistent car leur symbolisme s’est christianisé, Dionysos évoque la vigne, Aphrodite l’âme régénérée. Les scènes issues de l’iconographie réellement chrétienne sont plus tardives, tout comme les motifs animaliers. Aux IVe et Ve siècles, le style est naturaliste. Puis les traits s’alourdissent tandis que le modelé obtenu par le dégradé des couleurs, se relâche. Les formes sont progressivement gagnées par la stylisation. A partir du VIIe siècle, sous l’influence arabe, l’abstraction augmente et l’ornementation devient de plus en plus couvrante. Bien souvent, ces motifs étaient tissés dans la continuité de l’étoffe, bandes descendant des épaules, bordant le vêtement, les manches, l’encolure ou s’étalant en plastron. Dans d’autres cas, ce sont des carrés ou médaillons placés sur les épaules ou les pans du tissu. Pour nous, tout un univers fragile et millénaire à déchiffrer.

AMIENS, Musée de Picardie, 48, rue de la République, tél. 03 22 97 14 00, 7 décembre-19 janvier

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°543 du 1 janvier 2003, avec le titre suivant : Des tissus coptes à Amiens

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