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Des explorateurs expédiés

Retraçant les expéditions françaises, l’exposition des Archives nationales laisse le visiteur sur sa faim.

PARIS - Il n’existe pas de chemin tout tracé pour embrasser la complexité des grandes expéditions, du commandant Jean-Baptiste Marchand à Paul-Émile Victor : les dimensions anthropologiques, scientifiques, médiatiques et diplomatiques sont autant de pistes à suivre, et représentent autant d’arbitrages pour un commissaire. C’est Pascal Riviale, chargé de mission aux Archives nationales et chercheur associé au CNRS, laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, qui a conçu l’exposition qu’accueille l’hôtel de Soubise, à Paris, pendant six mois : « Des voyageurs à l’épreuve du terrain : études, enquêtes, explorations, 1800-1960 ».

Une médiation manquée
Devant la rareté des grandes expositions sur le sujet, les Archives nationales ont choisi un prisme transversal permettant une approche généraliste : ce qui est commun dans la préparation du voyage, dans l’expédition elle-même, et enfin dans ce qu’il reste de l’expédition achevée. Hélas, cette construction chronologique est déséquilibrée, la question de l’avant étant évacuée dès la première salle, minuscule. Le moment du voyage occupe les deux tiers de l’exposition, mais ne dégage aucune thèse nette. L’intention de départ n’est donc pas respectée. C’est dommage, car la lecture du catalogue confirme que le travail de documentation a bien eu lieu ; le problème est donc essentiellement celui de la médiation.

Pourtant, les aventures fascinantes des Griaule, Bougainville ou Baudin sont du pain bénit pour fabriquer une exposition populaire. Elles ravivent chez tout visiteur des souvenirs de Jules Verne, de Stevenson ou de Melville. Un audioguide aurait été opportun et l’on comprend mal son absence, même si l’exposition, à la scénographie sobre, se parcourt en moins d’une heure, laisse deviner un budget contraint. Le livret de visite, qu’il faut demander puis rendre à la sortie, n’offre pas le même niveau d'information. Comment apprécier les statuettes américaines prêtées par le Musée du quai Branly ou ces énigmatiques serrures africaines sans les anecdotes savoureuses qui expliquent leur présence ? Dans cette même salle, pourquoi ne pas développer la dimension artificielle de certains trésors rapportés dans les bagages d’explorateurs bernés par des communautés ayant flairé l’affaire, et réalisant leurs propres contrefaçons à la hâte ? Les experts apprécieront quelques pièces rares issues des Archives nationales : des photographies d’époque, comme celles du navire Faidherbe hissé hors du fleuve Congo, provenant du fonds Baratier ; des croquis réalisés par les explorateurs, tel ce dessin en coupe du río Pilcomayo par Émile-Arthur Thouar ; les lettres manuscrites de Savorgnan de Brazza ou de Paul-Émile Victor, perles politiques autant que calligraphiques.

« Montée en très peu de temps », de l’aveu même de son commissaire, cette exposition ne livre ses clés de compréhension qu’à travers une visite guidée complète ou son excellent catalogue. À la manière des beaux livres populaires, ce dernier propose une médiation romancée mais précise… que l’on aurait aimé trouver dans les salles.

Des voyageurs à l’épreuve du terrain ; études, enquêtes, explorations, 1800-1960

Jusqu’au 19 septembre, hôtel de Soubise, 60, rue Francs-Bourgeois, 75003 Paris, tlj sauf mardi et jf 10h-17h30, sam-dim 14h-17h30, entrée 6 €. Catalogue, 200 p. 25 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : Des explorateurs expédiés

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