Art ancien

TEXTILE

Des broderies médiévales fugaces

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2019 - 489 mots

PARIS

Le Musée de Cluny sort ses broderies des réserves : une occasion rare d’apprécier ces pièces réalisées à l’aide de fils d’or, d’argent ou de soie qui doivent être protégées de la lumière.

Paris. Certaines expositions se distinguent car elles permettent d’admirer des œuvres rares fort peu présentées. C’est le cas de « L’art en broderie au Moyen Âge », qui se tient actuellement dans le frigidarium du Musée de Cluny. Si ces étoffes brodées de fil d’or, d’argent ou de soie qui décoraient les habits de cours, le mobilier des demeures princières ou les ornements liturgiques sont dissimulées la plupart du temps aux regards, c’est bien sûr pour des raisons de conservation : elles sont très sensibles à la lumière. La règle imposée est de ne pas les exposer à plus de 50 lux et cela pas plus de trois mois consécutifs, avant de les replonger dans le noir durant trois années. « Nous sommes très vertueux », assure Christine Descatoire, conservatrice des collections d’orfèvrerie et de textile, déplorant que cela n’ait pas toujours été le cas dans l’histoire de l’institution. Pour exemple, la commissaire désigne une aumônière (bourse portée à la ceinture) du XIVe siècle décorée d’un ange et d’une femme chevauchant un griffon ; autrefois d’un rouge chatoyant, ses couleurs ont été considérablement affadies par une exposition excessive.

Jeux de brillance et de relief

Quarante-six pièces, soit presque l’intégralité du fonds de broderies médiévales clunisiennes, ont été disposées dans un parcours chrono-géographique qui passe en revue les broderies germaniques, anglaises, françaises, italiennes et flamandes. Contempler ces pièces « en vrai » revêt une saveur toute particulière, à la différence de certains types de pièces tout aussi fragiles : les dessins, qui peuvent être presque aussi bien appréciés en photographie. Le plaisir de découvrir ces travaux d’aiguilles tient beaucoup aux jeux de brillance et de relief. Recouvert de soie polychrome et de lames métalliques, l’antependium (devant d’autel) de la cathédrale de Malines (Belgique) [voir ill.], qui déroule la vie de différents saints, scintille de mille feux selon les déplacements de l’œil. Et, sur les fragments des caparaçons à décor de léopards – couvertures de cheval sans doute réalisées pour le roi Édouard III d’Angleterre –, les sourcils brodés en relief confèrent aux fauves un air encore plus facétieux.

L’exposition aurait pu se contenter de la présentation déjà exceptionnelle de la collection clunisienne qui ne manque pas de pièces maîtresses, à l’exemple de cette mitre brodée de la Sainte-Chapelle dont les rehauts de perles rivalisent avec les plus beaux trésors d’orfèvrerie. Mais elle déploie également une impressionnante série de prêts que l’on ne reverra pas de sitôt. Le Victoria and Albert Museum de Londres, qui a prêté des chasubles, parures d’aube, bourses à reliques et fragments de drapeaux, s’est montré particulièrement généreux ! Il rend ainsi la monnaie de sa pièce au musée parisien qui avait envoyé outre-Manche en 2016 plusieurs pièces pour l’ouverture de l’exposition sur les chefs-d’œuvre de la broderie médiévale anglaise.

L’art en broderie au Moyen Âge,
jusqu’au 19 janvier 2020, Musée de Cluny-Musée national du Moyen Âge, 28, rue du Sommerard, 75005 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°533 du 15 novembre 2019, avec le titre suivant : Des broderies médiévales fugaces

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