Dimanche 27 septembre 2020

Art contemporain

Lausanne (Suisse)

Des artistes bruts en pleine lumière

Collection de l’Art brut - Jusqu’au 26 avril 2020

Par Éric Tariant · L'ŒIL

Le 26 février 2020 - 329 mots

Après les véhicules en 2013, les architectures en 2015 et le corps en 2017, la quatrième Biennale de l’Art brut a pris pour thème le théâtre.

L’institution lausannoise a réuni des œuvres (dessins, peintures, sculptures, photographies et costumes) de vingt-huit créateurs, toutes puisées dans ses collections, agrémentées de nombreuses photos, et de quelques courts et passionnants documentaires. Pour Eijiro Miyama (né en 1934), tout a commencé par une balade surréaliste dans les rues de Yokohama (Japon), flanqué d’un gobelet de nouilles fiché sur le haut de son crâne. Il avait alors 74 ans. Cette performance incongrue ayant suscité chez lui exaltation et sentiment de liberté, ce Japonais, hébergé dans une pension pour personnes indigentes, se rend désormais tous les samedis et dimanches dans le quartier chinois de Yokohama. Là, affublé de couvre-chefs excentriques et de tenues colorées constitués d’objets et de jouets récupérés, il déambule sur son vélo au milieu de la foule. Sur son dos, inscrits sur des cartons d’emballage, sont placardés des messages de paix et de fraternité. À l’image d’Eijiro Miyama, plusieurs de ces artistes autodidactes et marginaux ont créé leur théâtre personnel en se mettant en scène dans l’espace public. Comme l’Italien Giovanni Battista Podestà (1895-1976), qui défilait, vêtu d’un long manteau rigide et de cravates peintes par ses soins, pour protester contre la perte des valeurs spirituelles dans une société matérialiste. Ou l’Arménien Vahan Poladian (1902-1982), réfugié à Saint-Raphaël, qui paradait, chaque jour, dans les rues de la ville, habillé de parures scintillantes, de sceptres ou d’ombrelles, pour célébrer son pays natal. D’autres inscrivent cette dimension théâtrale dans leurs œuvres. En se mettant parfois en scène comme Aleksander Pavlovitch Lobanov (1924-2003) qui se figure en buste, dans ses autoportraits peints, arborant des fusils en carton de sa fabrication. Ni Tanjung (née vers 1930) qui vit à Bali, dessine, elle, à la craie grasse puis découpe des visages colorés, réunis en forme de grappes sur des canevas, qui rappellent les marionnettes du théâtre d’ombres indonésien.

« 4e Biennale de l’Art brut : théâtres »,
Collection de l’Art brut, 11, avenue des Bergières, Lausanne (Suisse), www.artbrut.ch

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°732 du 1 mars 2020, avec le titre suivant : Des artistes bruts en pleine lumière

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