Lundi 16 septembre 2019

Poitiers (86)

Curiosité mal placée

Musée Sainte-Croix jusqu’au 16 mars 2014

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 20 février 2014 - 319 mots

Dans le numéro de L’Œil du mois de décembre [nËš 663], Marie Rayesvski ouvrait ainsi sa chronique consacrée au catalogue de l’exposition « La Licorne et le bézoard » présentée au Musée Sainte-Croix de Poitiers : « Il y a des ouvrages qui font regretter de ne pouvoir voir l’exposition dont ils sont objets. »

Rien n’est moins sûr, hélas, pour cette exposition au titre énigmatique consacrée  à l’histoire des cabinets de curiosités. Son parcours trop simplifié ne parvient pas à transcrire la richesse des travaux menés en amont, à découvrir en revanche dans l’excellent ouvrage qui l’accompagne. À l’origine du projet éditorial et muséal, des recherches réalisées depuis une dizaine d’années par trois universitaires de Poitiers, Myriam Marrache-Gourand, Pierre Martin et Dominique Moncond’huy. Le catalogue qui en résulte est une somme retraçant cinq siècles de collections jusqu’à la création contemporaine et réunissant quarante auteurs, chercheurs et conservateurs. Ces derniers ont également participé à l’exposition par le prêt d’œuvres importantes comme le portrait d’Antonietta Gonsalvus, curiosité humaine au visage recouvert de poils, conservé au château de Blois. À ses côtés se tient le magnifique cabinet d’ébène du Musée de Poitiers restauré pour l’occasion. Les objets réunis évoquent ainsi les différents types de cabinets, du studiolo des princes italiens au cabinet spécialisé de l’anatomiste Frederik Ruysch. Pariant sur le ludique par une scénographie reproduisant l’intimité d’un cabinet, le propos survole malheureusement des thèmes essentiels comme les classifications des objets et ce qu’elles disent du savoir, l’intérêt de ces collections et comment elles ont conduit à la création des musées que nous connaissons. Dans la dernière salle, l’art contemporain rejoue les codes de l’accumulation, du bizarre et du collectionnisme comme la Boîte verte de Duchamp ou les sculptures hybrides de Jan Fabre. Mais dans un dernier raccourci historique forcé, ces œuvres du XXe siècle jouxtant directement le cabinet de l’anatomiste rompent définitivement avec le fil de l’histoire des cabinets de curiosités.

« La licorne et le bézoard. Une histoire des cabinets de curiosités »

Musée Sainte-Croix, 3 bis, rue Jean-Jaurès, Poitiers (86)
www.musees-poitiers.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°666 du 1 mars 2014, avec le titre suivant : Curiosité mal placée

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